• Apprendre à voir



    A l’issue de ma terminale, après avoir décroché mon baccalauréat avec succès, j’avais opté pour des études d’architecture.
    Avec le recul, je crois que ce choix avait été à la fois lâche et nécessaire. Lâche parce qu’au fond, je crois qu’une voie plus « artistique » m’aurait davantage convenu. Je me rappelle ne pas avoir osé formuler, à l’époque, une hésitation pourtant non négligeable pour des études de cinéma (j'aurais aimé être réalisateur
    ). En quelque sorte, je choisissais donc ces études d’architecture non pas pour ce qu’elles m’apporteraient, mais pour m’éloigner le moins possible de ce qui m’aurait apporté le plus.
    Mais la destinée, malgré ses méandres parfois bien embourbés, se charge toujours de t’apprendre ce que tu n’as pas encore appris. Ces études étaient donc bénéfiques. D’abord parce que toute expérience nouvelle est une expérience de plus, et ensuite parce qu’avant de vouloir contempler toutes les formes de différences derrière une caméra, il faut avoir l’œil suffisamment ouvert et suffisamment perspicace pour pouvoir les analyser de la meilleure façon qui soit. L’objectif réel de cette expérience était donc différent de celui pour lequel j’allais vouloir m’obstiner. Ces études, je m’y accrochais comme un forcené pour en décrocher un diplôme, puis une profession. Leur leçon réelle à mon égard était tout simplement d’apprendre à voir. Apprendre à regarder, à ouvrir les yeux, à dénicher ce qui ne se voit pas derrière ce qui se voit trop.
    Notre premier intervenant, chargé de l’enseignement du projet d’architecture nous parla d’ailleurs dès le premier cours d’une lecture indispensable à notre future formation : Apprendre à voir l'architecture, de Bruno Zevi.
    Apprendre à voir.
    Avec le recul, je me dis : « C’est fou ce que l’on est aveugle lorsque l’on a les évidences les plus essentielles juste devant les yeux : ce que tu t’évertues à chercher aux antipodes de ton être ne fait parfois que te côtoyer, de la manière la plus évidente qui soit. »
    Mes études d’architecture allaient donc m’apprendre peu de choses, si ce n’est, pour un être de mon essence, que l’essentiel : d’abord, j’apprendrais à voir ; ensuite, j’apprendrais à mettre des mots sur ce que je vois.
    Le plus difficile, ce serait encore de trouver les mots les plus justes pour ne pas trahir la seule et unique vérité qui est.

    Sur mes carnets, j’écrivais :
    « Mes études d’architecture m’apprennent aussi à écrire, car l’on apprend à écrire tout d’abord en apprenant à penser soi-même.
    « Il n’y a pas de style, pour écrire. Ecrire est une signature, la signature d’une pensée, d’un raisonnement, d’une âme.
    « Ecrire, c’est libérer l’inconnu qui est en soi ; c’est exhaler tout l’ineffable qui nous ronge.
    « L’écriture, c’est le cri de la liberté : celle d’exister, en tant qu’être unique, spécifique et différent de tous les autres. »

    Lorsque l’on a vingt ans, seulement vingt ans, on se croit encore unique, spécifique, et différent.

    En réalité, les essences des êtres sont multiples … mais pas toujours si différentes qu’elles en ont l’air.





     

    <script language="javascript" type="text/javascript">   WEBO_ZONE=1;   WEBO_PAGE=1;   webogold_ok=0;</script><script language="javascript" src="http://script.weborama.fr/gold.js" type="text/javascript"></script><script language="javascript" type="text/javascript">   if(webogold_ok==1){webogold_zpi(WEBO_ZONE,WEBO_PAGE,224736);}</script>  

  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :