• Bruno Challard : une plateforme pour les auto-édités

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    1 - Bonjour Bruno. Tu es le fondateur et développeur du site « Auto-Édition », qui est une plateforme d'aide, de conseils et d'outils pour les auteurs qui voudraient s'auto-éditer. Peux-tu nous en dire plus et nous dire en quoi ton expérience d'auteur auto-édité t'a encouragé à réaliser ce projet ?

    Bonjour Charlie et merci de m'accueillir sur ton blog !

    À vrai dire j'ai créé le site "Auto-Edition" presque par accident. Je venais d'éditer mes premiers ouvrages sur le KDP Select d'Amazon et ai découvert le groupe facebook des auteurs francophones au format kindle tout à fait par (un heureux) hasard en faisant une simple recherche sur Google. J'ai commencé par amener quelques réponses techniques à certaines questions posées et de fil en aiguille certaines affinités se sont créées avec certains membres.

    Je me suis surtout aperçu que tous les auteurs à des degrés divers avaient les mêmes types de problèmes : problèmes purement techniques sur "comment faire une bonne mise en forme, faire une couverture, comment publier sur Amazon"… toutes ces questions qui se posent encore pour les débutants. Mais aussi des problèmes pour se faire connaître (enfin leurs livres) et obtenir des lecteurs. Ce qui est aussi encore d'actualité.

    J'ai vu qu'il y avait aussi de l'énergie et de la bonne volonté de bons nombres d'auteurs et j'ai donc eu l'idée de créer le site pour fédérer toutes ces énergies.

    C'est aussi mon expérience au niveau informatique (je suis formateur en informatique et créateur de nombreux sites pour moi ou des clients depuis 1988) qui m'a permis de mettre rapidement le site sur pied.

     

    2 -  Quel constat peux-tu faire concernant le choix de l'auto-édition ? L'indépendance des auteurs est-elle pour eux une volonté affirmée de se rebeller contre un système éditorial qui ne rémunère pas assez ses auteurs, ou tout simplement une solution de repli parce qu'ils n'ont pas trouvé d'éditeur ? Comment sont les rapports actuels entre les auteurs auto-édités et les maisons d'édition traditionnelles ?

    Pour ce qui concerne la première partie de ta question, je ne suis sans doute pas le mieux placé pour répondre. Et voici pourquoi :

    Quand j'ai commencé à donner des cours d'informatique, ne trouvant pas sur le marché (à l'époque c'était le début de la micro-informatique grand public) de supports de cours corrects, j'ai créé mes propres cours à destination de mes élèves. Mes cours étaient en fait la transcription de ce que je faisais lors d'un cours particulier. Ainsi je pouvais accueillir dans un même cours des personnes étudiant des logiciels différents, chaque élève étant complètement indépendant. Je n'intervenais en fait que pour amener des compléments d'informations ou des éclaircissements supplémentaires que j'intégrais aussitôt dans le support de cours.

    Au bout d'un certain temps, mes supports de cours étant de plus en plus aboutis, j'ai pu tester les formations à domicile en mettant à la disposition de mes élèves un ordinateur et les supports de cours. Le suivi étant fait par les tests réguliers que les élèves devaient me rendre.

    Petit à petit, le prix des ordinateurs baissant (quand je vois le prix que cela coûtait à l'époque), de plus en plus de personnes ont acquis leur propre ordinateur et j'ai donc vendu uniquement mes cours que je proposais directement à la vente depuis mon site.

    En fait je faisais déjà de l'auto-édition.

    Bruno carré03

    Quand Amazon a lancé son programme KDP Select, mes premiers livres publiés étaient directement issus de mes cours. Dans toutes mes autres activités : prestidigitation, danse ou autres formations, je disposais également de supports de cours (que je n'ai eu qu'a mettre en forme pour le format kindle), ce qui explique la variété de mes différentes publications.

    Tout ceci pour dire que je ne suis jamais passé par le chemin classique d'un éditeur qu'on emprunté les auteurs habituels. Je n'ai donc jamais connu les affres de l'attente d'une réponse qui n'arrive pas ou d'une réponse négative et n'ai donc aucun à priori à ce niveau là.

    Maintenant, avec l'expérience que j'ai acquise et tous les contacts que j'ai pu avoir avec de nombreux auteurs, la faible rémunération offerte n'est pas la principale raison pour laquelle les auteurs se tournent vers l'auto-édition (beaucoup sont contents que leur livre soit déjà accepté chez des (pseudos) éditeurs – certains auteurs paient même pour ça). En fait il y en a un certain nombre qui se sont essayés à passer par un éditeur classique et qui essuyant des refus se sont tournés vers l'auto-édition. D'autres auteurs (les derniers arrivants qui ont eu la chance d'obtenir de bonnes informations – sur nos groupes facebook par exemple) ont intégré directement l'auto-édition et n'ont pas même essayé de passer par un éditeur classique. Pour eux (comme pour moi), l'autoédition est un fait accompli.

    Delta
    Bruno en deltaplane

    Pour la dernière partie de ta question : "Comment sont les rapports actuels entre les auteurs auto-édités et les maisons d'édition traditionnelles?" Tout dépend des auteurs en fait il y a une multitude de cas possible. Au niveau des auteurs :

    Certains veulent vraiment être reconnu comme tel et, en même temps qu'ils s'auto-éditent, frappent à la porte des éditeurs classiques.

    D'autres (une part grandissante parmi les nouveaux auteurs) ne se préoccupent même pas des éditeurs. Pour eux l'auto-édition est une expérience et sont déjà satisfaits d'avoir des lecteurs par ce biais. Si ça marche tant mieux, si ça ne marche pas tant pis et si un éditeur les contacte ils continueront l'expérience avec eux mais ne s'en préoccupent pas plus que ça.

    Une troisième catégorie ne veux pas perdre de temps avec les éditeurs et jette toute son énergie dans l'auto-édition. Et il y a du travail car un auteur auto-édité doit avoir plusieurs casquettes: être auteur bien sûr mais aussi designer pour ses illustrations, couvertures, bande-annonces et ensuite commercial pour promouvoir et vendre ses ouvrages.

    Gros temps2
    Avec Bruno, partez bien équipés !

    Il y a aussi ceux qui rêvent, semblant convaincus qu'ils sont des génies (souvent incompris et méconnus) de la littérature et qu'un jour où l'autre ils perceront sans vraiment rien faire que quelques messages postés sur leur profil facebook et quelques groupes de réseaux sociaux.

    Et il y a la catégorie de ceux qui, pourtant présent sur des forums littéraires, donc sur internet, semblent ne jamais avoir entendu parler d'Amazon (ne riez pas j'en ai rencontré) ou qui ne s'abaisseraient pas à rejoindre le rang des auteurs auto-édités.

    Maintenant au niveau des éditeurs, même s'ils semblent regarder de loin l'auto-édition, ils n'en pensent pas moins. Pendant qu'on lit le livre d'un auteur auto-édité on ne lit pas un livre "classique" mais cela ne les empêche pas de lorgner sur les auto-édités qui marchent et qu'ils contactent une fois le succès acquis en tant qu'auto-édité. Ils ne perdent ainsi pas de temps à rechercher un hypothétique auteur à succès et ne prennent aucun risque financier. Mais qu'on ne leur jette pas la pierre, une maison d'édition est une entreprise qui se doit de gagner de l'argent et de dégager des bénéfices. C'est du business ! Mais c'est une notion qu'on a parfois du mal à intégrer en France et particulièrement parmi certains auteurs qui semblent parfois coincés entre différentes idéologies.

     

    3 - Les libraires ne sont généralement pas très enclins à ouvrir leurs portes aux auteurs auto-édités. Les auto-édités ont-ils encore recours au format papier ? Le terme "auto-édition" signifie-t-il édition numérique exclusivement ?

    En me baladant sur les groupes et forums, j'ai été effectivement surpris au début par la mauvaise réputation que traîne l'auto-édition. Ayant eu la chance dans mes premiers contacts avec des auteurs auto-édités de rencontrer des ouvrages de qualité, je n'avais pas d'à priori négatif sur l'auto-édition. Evidemment j'ai vite compris en lisant par la suite d'autres ouvrages entachés de fautes, mal présentés, à la syntaxe parfois douteuse (pas forcément tout ça en même temps), que les ouvrages de qualité n'étaient pas forcément une généralité… Et c'est encore cette image que certains libraires ont en tête.

    Les libraires font aussi partie d'un système installé dans l'édition classique et tout système installé présente un degré d'inertie tel que toute nouveauté – que l'on ne comprend pas et que l'on ne contrôle pas - est mal perçue d'office. Mais les librairies, comme les épiceries jadis devront s'adapter pour survivre un peu plus longtemps avant de disparaître. C'est inéluctable !

    libraire-en-colère

    Pour ce qui concerne les auteurs édités qui recourent au format papier c'est pour moi une forme de rétro-adaptation en ce sens qu'ils ont un pied dans l'avenir mais doivent aussi vivre avec le présent où le livre papier est encore bien implanté et encore prépondérant pour quelques temps.

    Et pour répondre à la dernière partie de ta question non seulement l'auto-édition, mais ce que nous appelons aujourd'hui l'édition classique deviendra à terme entièrement numérique. Ceux qui gèrent ces maisons sont des gestionnaires et ne s'embarrassent pas de principe concernant la préférence papier/numérique. Eux aussi devront se transformer en offrant de nouveaux services ou disparaître.

    Chaque grande révolution technologique a amené des disparitions de structures au profit d'autres entités plus souples. Comme pour les espèces, c'est la loi de l'évolution : seuls ceux qui s'adaptent survivent.

     

    4 - Comment changer les mentalités et donner toute sa légitimité à ce courant indépendant de la littérature ?

    À terme, ce nouveau courant indépendant deviendra légitime de lui-même. La seule chose à craindre c'est qu'il ne devienne trop encadré. Par les politiques d'abord qui viendraient réglementer cette activité trop libre actuellement (quand on voit le flou au niveau des organismes sociaux qui ne savent pas quoi répondre quant au statut d'un auteur auto-édité) et récupéré ensuite par les principaux acteurs actuels de l'édition qui déplaceraient ainsi leur quasi monopole actuel vers ce nouvel eldorado pour en prendre le contrôle.

    Pour éviter ça, c'est aux acteurs eux même de ce mouvement, les auteurs, de se mobiliser. De prendre conscience que nous avons la chance d'être à la naissance d'une véritable révolution dans ce domaine mais que seuls les meilleurs émergeront.

    label-qualité-autoédition

    Et pour ça il n'y a pas trente-six solutions, unir nos forces et nos énergies – on n'arrive à rien tout seul – pour proposer toujours plus de qualités afin que cette auto-régulation se passent rapidement et dans les meilleurs conditions. Seuls ceux qui comprendront ça et sont assez tenaces pour faire partager ces idées et les mettre en pratique s'en sortiront. À ce niveau, on n'arrive à rien tout seul. Des actions comme l'instauration d'un "Label qualité" qui a été mis en place sur le site "Auto-Edition" par ses membres auteurs, illustre bien ce qu'on peut faire en ce domaine.

     

    [suite de l'interview : Bruno Challard, le goût de la liberté]


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  • Commentaires

    1
    Mercredi 5 Février 2014 à 12:52
    Merci Charlie pour cette interview. Pour les lecteurs qui seraient intéressés par l'ouvrage (dont tu as mis une vignette) "En un quart d'heure commencer gratuitement à bâtir votre liste", je suis en train de le mettre à jour, aussi attendez quelques jours pour vous le procurer.
    2
    Gérard
    Vendredi 16 Janvier 2015 à 16:31
    Bonjour à tous. D'abord, je voudrais vous dire de ne pas opposer, comme beaucoup, édition et auto-édition. Certes certains éditeurs (mais en sont-ils vraiment), ne sont pas à la hauteur et même dépassent les limites, mais l'édition n'est pas faite seulement de ceux-là! Personnellement, j'ai été un auteur auto-édité, avant d'intégrer une structure éditoriale en tant qu'auteur d'abord, puis en tant que salarié. Nous éditons pas mal d'auteurs auto-édités (à compte d'éditeur exclusivement), qui ont bien sûr le droit de continuer dans l'auto-édition. C'est un avantage pour eux, car la notoriété acquise dans une vraie maison d'éditions leur sert pour leurs oeuvres auto-éditées. Alors, n'opposons pas les deux casquettes, elles peuvent très bien cohabiter. Ma maison d'édition a versé au titre 2014, 35000 euros à ses auteurs. La porte est toujours ouverte pour les bons textes de terroir. Bon travail les amis, et vive l'écriture, c'est notre souffle.
      • charliebregman Profil de charliebregman
        Vendredi 30 Janvier 2015 à 15:38
        Bonjour Gérard, Merci pour ce bon commentaire. Comme j'aime le rappeler, l'auto-édition n'est pas de l'anti-édition. Les éditeurs ont des impératifs économiques et c'est de plus en plus difficile de lancer de nouveaux auteurs encore inconnus. Quand on sait qu'en France, un premier roman ne se vend qu'à 700 exemplaires en moyenne, on comprend mieux la frilosité des éditeurs. Je pense donc que l'auto-édition est une opportunité à la fois pour les auteurs (trouver leur lectorat, partager leurs textes en toute liberté et affiner leur style pour passer de l'écriture du dimanche à un vrai projet éditorial…) et pour les éditeurs (disposer d'un vivier de vraies nouveautés, non formatées, et pouvoir éventuellement dénicher les auteurs qu'ils recherchent). L'auto-édition ne tuera pas les éditeurs, et les éditeurs n'empêcheront pas l'auto-édition. Aux auteurs sérieux, par contre, de se démarquer de ceux qui s'y engouffreront sans le moindre respect des lecteurs. Juste une remarque : pouvez-vous nous préciser le nom de votre maison d'édition ?
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