• Charlie Bregman, de l'écriture à l'auto-édition

    Un service d'auto-publication dédié aux auteurs, en Allemagne, m'a contacté pour une demande d'interview suite à ma grande enquête "Auto-édition".
    Comme l'interview a été traduite en allemand (et un peu allégée), je vous la livre ici sans sa version d'origine intégrale.

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    1.       Depuis quand aimez-vous écrire (des contes etc.) ?

    J’écris depuis l’âge de 13 ans. En fin d’année scolaire, après la distribution des derniers bulletins, notre professeur de français nous avait proposé de rédiger un texte sur le thème des voyages dans le temps. Le fait que ce devoir ne comportait aucun enjeu, qu’il n’était soumis à aucun système de notation, m’a permis de complètement me libérer et j’ai rendu une nouvelle de 16 pages. C’est à ce moment précis que j’ai compris que j’aimais écrire. Ensuite, d’autres nouvelles de science-fiction ont suivi, puis un journal, tenu pendant de nombreuses années, une pièce de théâtre inspirée du Misanthrope de Molière, des débuts de romans, des tranches de vie diverses et variées… Je ne me souviens pas d’une seule période de mon adolescence et de ma vie de jeune adulte que l’écriture n’ait pas accompagnée.

     

    2.       Quand est-ce que l’idée est née de publier un livre ?

    L’envie de publier un livre remonte à mon adolescence. L’idée de le faire vraiment est arrivée beaucoup plus tardivement. Par manque de confiance en moi, ou par pudeur, tout simplement, j’ai toujours écrit en secret. L’écriture était un refuge dans lequel je me construisais, et ce n’est qu’à l’âge de 32 ans que je me suis senti prêt à la partager, en ouvrant deux blogs, dont un entièrement consacré à la publication « en live », en partenariat avec un illustrateur, du premier jet de mon premier roman. Au rythme de 2 à 3 épisodes par semaine, l’aventure dura un an et demi, et nul doute que les réactions de nos lecteurs (jusqu’à 300 par jour en moyenne en 2007) et l’humour de mon illustrateur auront influencé positivement cette histoire. L’idée de publier est venue naturellement. C’était une attente des lecteurs les plus fidèles du blog, avec qui je suis d’ailleurs encore en contact aujourd’hui. Ce sont eux qui m’ont encouragé. Je leur dois beaucoup.

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    3.       Pourriez-vous décrire en quelques mots le sujet de votre roman “Vivement l’amour”?

    L’histoire se déroule en France, dans les années 80. Charlie, 15 ans, un garçon timide et complexé, tombe fou amoureux de la fille qu'il ne lui faut pas : la belle, intelligente et ultra convoitée Marina, qui ne voit en lui qu'un simple et inoffensif allumeur. Dès lors, il n’a plus qu’une obsession : la séduire. Mais pour cela, il va devoir un peu évoluer. Sortir de sa zone de confort et chercher à se dépasser. Pris dans un enchaînement de situations qu’il ne maîtrise absolument pas, il prend petit à petit conscience de son identité, change son regard sur le monde qui l’entoure, et découvre que l’humour et l’amour sont intimement liés. Mais ce grand chamboulement n'est pas du tout du goût de ses parents, pour qui, à cet âge, seuls les résultats scolaires n'ont d'importance…

     

      

     

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    4.       Quelles sont vos activités marketing pour le roman ? Est-ce que vous êtes satisfait des ventes ?

    Il y a deux choses. L’édition papier d’un côté, et l’édition numérique de l’autre. Parce que je n’avais pas encore les compétences requises, j’ai commencé d’abord par publier au format papier avant de venir au numérique, un an plus tard. Pour qu’un livre papier se vende, il faut être présent sur le terrain, ce qui n’a pas été mon cas, car les libraires que j’ai rencontrés étaient si peu enclins à promouvoir des livres auto-édités que je n’ai pas osé leur sortir mon exemplaire que j’avais dans le sac ! Tout mon travail de marketing repose donc principalement sur internet. J’utilise les réseaux sociaux (Twitter, Facebook…), multiplie les espaces de visibilité (forums, Viadeo, blogs, boutiques en lignes, livre disponible en impression à la demande…) et le lancement du roman a fonctionné grâce aux critiques que mes premiers lecteurs ont publié sur leurs blogs de littérature.

    Les ventes papier ont fonctionné la première année principalement, mais sans constituer pour autant un succès. Entre 150 et 200 exemplaires ont été vendus, surtout grâce au bouche-à-oreille des lecteurs, qui reste toujours le principal vecteur de marketing.

    Les ventes numériques, sur Amazon uniquement (pour le moment) ont par contre beaucoup mieux fonctionné, avec plus de 1000 exemplaires téléchargés.

    Suis-je satisfait de ces ventes ? Oui… et non. Bien sûr, comme un premier roman, en France, s’écoule en moyenne à 700 exemplaires, ces chiffres sont très encourageants. Mais je reste persuadé que le potentiel du livre n’a pas été exploité correctement. D’autres plateformes de diffusion existent, et la visibilité réelle du livre reste entièrement à construire. Il est évident qu’on ne peut pas atteindre un certain niveau en voulant tout faire soi-même. Des partenariats sont aujourd’hui à mettre en place, c’est une évidence.

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    5.       Fin 2013, vous avez publié le guide “ECRIS TON LIVRE !” Quelle en est le groupe ciblé ? Plutôt des auteurs amateurs, ou des auto-éditeurs qui ont déjà un peu d’expérience ?

    Le lectorat ciblé est les auteurs amateurs avant tout. Le livre a aussi intéressé des auteurs auto-édités expérimentés qui avaient besoin de retrouver une certaine motivation, mais ce n’était pas ma cible prioritaire pour ce premier volet. Beaucoup de gens rêvent d’écrire un livre, mais sans forcément oser le faire. D’autres ont déjà tenté l’expérience, mais souvent sans parvenir à mener leur projet à son terme. Et enfin, certains sont allés jusqu’au bout d’un premier jet, mais se sont découragés devant l’ampleur des corrections à effectuer.

    Pour avoir vécu ces trois stades différents moi-même avant de pouvoir finaliser mon premier ouvrage, je suis persuadé qu’écrire un livre est un défi parfaitement surmontable par la plupart de ces gens. Le problème est qu’ils n’en ont pas conscience.

    De mon point de vue, 5 bagages sont nécessaires :

    -       une imagination riche et fertile (pour la fiction surtout)

    -       l’envie d’écrire

    -       la maîtrise de l’écriture

    -       un engagement réel et régulier

    -       la patience de la réécriture

    Mon livre s’attache à donner les clés de ces 5 bagages tout en exerçant, dans le ton employé, un rôle de coaching personnel qui permette de développer la motivation durable de l’auteur, et aussi son lâcher-prise par rapport à certains blocages qu’il pourrait avoir vis-à-vis de ce qu’il pense de ce que doit être ou ce que ne doit pas être un bon livre.

    Un complément à ce premier volet est en préparation, qui sera consacrée à l’auto-édition à proprement parler.

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    6.     Pourquoi est-ce que vous publiez vos livres seulement en numérique ? Ne pensez-vous pas pouvoir gagner encore plus de lecteurs avec une édition imprimée ?

    Mon dernier projet est publié uniquement en numérique car il a été conçu comme tel. Il s’agit d’un format court, focalisé sur le développement personnel. J’attends d’avoir publié l’intégralité des numéros prévus pour en étudier la possibilité d’une édition papier.

    J’imagine que les Allemands sont plus en avance que nous sur ce domaine, mais en France, la lecture numérique évolue, commence à rentrer dans les mœurs, mais les lecteurs sont encore très attachés au livre papier. Donc oui, il est important de pouvoir proposer à ses lecteurs le double format.

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    7.     Récemment, vous avez lancé un sondage parmi les auto-éditeurs français. Quelle est la résonance jusqu’ici ? Et quelle est l’intention du sondage ?

    L’auto-édition est un phénomène en pleine expansion, mais complètement écarté du débat culturel de chaque rentrée littéraire. Dans la tête de beaucoup trop de gens, un auteur auto-édité est un auteur dont les livres ne sont pas assez bons pour être édités de manière traditionnelle.

    Les choses ne sont pas si simples. Bien sûr, n’importe qui peut décider de publier n’importe quoi n’importe comment. C’est vrai. Mais c’est vraiment prendre les lecteurs pour des lapins de six semaines de ne pas savoir faire le tri ! Il faut savoir que de nombreux auteurs auto-édités ont maintenant acquis un professionnalisme qui n’a rien à envier à celui des maisons d’édition !

    Le but de ce sondage est donc de jeter un regard plus curieux sur ce qui se passe du côté de ces mystérieux auto-édités dont personne ne parle.

    Aujourd’hui, environ 120 auteurs, pratiquant l’auto-édition de manière confirmée, ont déjà répondu au questionnaire, avec plusieurs d’entre eux qui avouent déjà vivre complètement de leur plume.

    Les résultats de cette enquête seront bientôt diffusés dans un ebook gratuit, aux médias, libraires, éditeurs, lecteurs, organisateurs de manifestations culturelles, etc. L’objectif étant de pouvoir établir des partenariats entre tous ces différents interlocuteurs de la chaine du livre.

    De nombreux éditeurs m’ont déjà fait part de leur intérêt pour cette enquête. À l’instar de l’éditeur français Michel Lafon qui a su repérer le talent d’Agnès Martin-Lugand alors qu’elle était auto-éditée depuis quelques mois seulement, ils ont compris que l’auto-édition est un vivier dans lequel se cachent de nombreux talents à développer.

    Pour un nouvel auteur, l’auto-édition présente à mon avis ce double avantage : l’opportunité facile de pouvoir trouver son propre lectorat, et l’éventuel moyen de se faire remarquer par une maison d’édition sans avoir à dépenser des fortunes en frais d’impression et envois.

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    8.     En janvier, vous avez lancé le site auteursindependants.com. Quel est votre bilan jusqu’ici ? Est-ce qu’il y a un vive échange de points de vue ? Est-ce que le site aide à « promouvoir » un peu le débat sur l’auto-édition ?

    En janvier, je voulais faire de ce site une plateforme d’inspiration, de promotion, et aussi d’échange pour les auteurs indépendants.

    Mais je me suis heurté à un manque de solidarité entre auteurs, qui, à mon sens, s’est aggravé au cours des deux dernières années. Les interviews des auteurs mis en avant n’étaient pas partagées par l’ensemble de la communauté comme je l’aurais espéré. On observe que ce sont toujours les mêmes qui rediffusent ce genre d’informations, et que, de manière générale, les auteurs regardent maintenant d’un œil plus méfiant et inquiet ce qui se fait chez leurs voisins, du fait que ces voisins sont justement de plus en plus nombreux.

    Heureusement, de petites communautés d’auteurs auto-édités résistent, qui ont compris que l’avenir est à la collaboration. Des échanges de services, par exemple, se sont mis en place afin d’atteindre un certain niveau de qualité que n’importe quel lecteur est en droit d’exiger. On s’échange les manuscrits pour les faire relire, pour les faire corriger aussi, on s’aide pour les couvertures, les titres, les résumés, on fait appel à des habitués du formatage numérique pour que le résultat fonctionne correctement sur les différentes liseuses disponibles dans le commerce… Bref, on a compris que l’auto-édition, ce n’est pas nécessairement tout faire soi-même, et que c’est même en faisant ainsi appel aux compétences des autres que l’auto-édition se démarque réellement de l’auto-publication.

    J’espère pouvoir redonner une impulsion à ces idées, sur mon site, lorsque cette prise de conscience aura eu lieu à plus grande échelle.

    Dans un premier temps, je vais d’abord essayer de promouvoir ces idées par le biais de prochaines publications, mais aussi via l’ebook gratuit qui résultera de l’enquête « auto-édition ».


    MERCI BEAUCOUP À TREDITION.DE,
    ET PLEIN DE SUCCÈS AUX AUTEURS AUTO-ÉDITÉS GERMANIQUES ;-)

     


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