• Début

    Ce soir-là, la nostalgie refit son apparition. Cette bête sombre qu’il avait cru disparue depuis la naissance de sa fille ne l’avait en réalité jamais quitté. Les années avaient eu beau passer les unes à la suite des autres, comme autant de paysages destinés à lui faire oublier ce jour terrible où il l’avait perdue, rien n’y avait fait : la blessure était toujours là, à vif, et il comprit alors qu’il aurait beau mettre en place tous les stratagèmes inimaginables pour aller contre ça, rien, absolument rien, ne pourrait jamais effacer son souvenir.

    Qu’était-elle devenue ? Où était-elle, maintenant ?

    Etait-elle seulement encore vivante ?

    Rien, jamais plus aucune trace, aucun indice, aucune lueur d’espoir ne seraient donc trouvés ? Rien ?

    L’absurdité, ce jour-là, avait instauré son règne. C’était il y a vingt-deux ans.

    Et plus rien, dès lors, n’avait jamais été comme avant.

    Il ouvrit le paquet collector.

    Un beau paquet de cigarettes d’une grande marque de fringues pour ados, qu’il s’était procuré au bureau de tabac le premier jour de parution, juste quelques heures avant que tout le stock soit interdit à la vente.

    Combien valait-il, aujourd’hui, ce paquet ?

    Il y aurait bien des collectionneurs qui en donneraient… Combien ?

    Bah… Peu importe.

    Il déchira le papier sans le moindre état d’âme, respira l’odeur de ce tabac prisonnier depuis tout ce temps, et tapota son paquet à l’envers pour en faire glisser une cigarette au creux de sa paume.

    Il craqua une allumette, et fuma.


    Il avait beau se dire que ce cancer en barre s’infiltrait dès lors au plus profond de lui, rien, absolument rien ne pouvait lui faire plus mal que l’absence de M.


    M. Aime-moi. Je t’aime.


    Comment peut-on se construire une vie, après une disparition pareille ? Comment peut-on faire semblant de désirer quoi que ce soit ? Comment trouver la moindre saveur à la vie, le moindre intérêt ?

    Ce jour-là, on lui avait arraché l’amour de sa vie. On lui avait arraché la personne qui comptait le plus au monde. Celle que personne ne pourrait absolument jamais remplacer.

    Disparue. Enlevée ? Assassinée ?

    Les hypothèses avaient été nombreuses mais pas une seule n’avait débouché sur la moindre piste sérieuse.

    Maintenant, tout le monde avait semblé tourner la page. La considérer comme morte n’était-il pas encore la solution la plus raisonnable ?

    « Allez ! Il faut l’oublier, maintenant. Il faut que tu passes à autre chose. Il faut que tu fasses ta vie. Par respect pour son souvenir, ne gâche pas ta vie à ton tour. »

    Il avait donc construit sa vie.

    Une belle vie faite d’apparences et de faux sourires, de beaux costumes et de masques permanents. Une belle vie pour satisfaire tout le monde, mais pas lui.

    Car, plus que jamais, ce soir-là, il savait.

    Son ordinateur s’éteignit subitement. Une coupure de courant ?

    —   Qu’est-ce que c’est que ce bordel ? s’entendit-il pester tout seul.

    La lumière fonctionnait toujours.

    Un frisson lui remonta l’échine. Bon sang.

    Dehors, des pneus crissèrent et des portières claquèrent.

    Vite.

    « Ils » étaient déjà arrivés.

    Tout était donc vrai. Tout n’avait donc été que mensonge…

     


    Sting - Why Should I Cry For You par zocomoro

     

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  • Commentaires

    1
    Lili
    Mardi 19 Avril 2011 à 08:29
    Tu t'attaques à un nouveau genre ?
    2
    charliebregman Profil de charliebregman
    Mercredi 20 Avril 2011 à 11:24
    A priori pas pour le moment%u2026 mais qui sait ? peut-être un de mes prochains projets à concrétiser ;-) Merci de ton passage. @
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