• Défaire et refaire, c'est toujours faire !

       
        Si ma bureautique est aussi exacte que ma mémoire, je ne t’ai pas répondu depuis ta lettre du 3 décembre. Pan ! Un blâme qui me rend blême ! Mais effectivement, comme tu l’insinues dès ta deuxième ligne, comme je croyais être tranquille pendant six mois, je suis à peu près dans les temps … (et toc !)

        Pourtant, on ne peut pas dire que le temps passe spécialement vite. Je suis toujours chez Candide, où je bosse toujours sur le même projet qu’en fin novembre, d’ailleurs. Il faut dire que notre grand client est particulièrement instable en matière de choix définitifs. Leur projet d’unité de peinture en est désormais au terrassement. Seul hic : les plans définitifs ne sont pas encore élaborés ! Et ce n’est pas faute d’avoir manié et remanié leur dossier presqu’une dizaine de fois maintenant. Après avoir déposé un permis en début janvier dans un état de précipitation excessive dûe aux délais qu’ils nous imposaient, voilà que nous devons faire une demande de permis modificatif pour une histoire de parcelle qui ne leur appartiendra qu’en janvier 2002, puis, après coup, revoir l’ensemble de leur projet pour des modifications d’ordre plus “fondamentales”, comme déplacer leur sortie de boues, placer un transformateur EDF accolé à leur bâtiment, ajouter un sas de déchargement à l’entrée de leur cycle de peinture, déplacer leurs différents processus de chaîne, créer des étages sur planchers collaborants, recalculer leurs surfaces d'exutoires de fumées et leurs éclairages zénithaux (qui correspondent à un pourcentage de leur surface qui ne s'arrête jamais de changer), intercaler un joint de dilatation au beau milieu de leur “cathédrale moderne”… Rien de bien terrible, mais Charlie le dessineux se tape le dossier tout seul comme un grand, et en arriverait presqu'à faire péter le champagne au moment de l’envoi de la dernière planche sur le traceur...
        Mais il ne faut pas vendre la peau de l’ours.
        Non, il ne faut pas la vendre, cette putain de peau de l'ours.

        Car voilà qu’ils nous demandent subitement (comme une envie de pisser, on pourrait dire) de déplacer leur projet de cinq malheureux mètres vers l’ouest, étirer le tout d’une travée, déplacer leur chaîne de peinture et leurs locaux techniques actuellement disposés le long du bâtiment, supprimer le joint de dilatation (hum hum !) et leur compartiment avec sas de déchargement, de réintégrer, comme cela était fait au début, le transformateur EDF à l’intérieur...
        Aucun souci, Monseigneur ! Ce sera chose faite en mi-avril, Monseigneur !

        Faire, défaire et refaire. Quand les profanes auront compris que le prix de l'architecture n'est constitué que de ces faire-défaire-refaire incessants, ils auront enfin une idée de la véritable constitution de la matière grise !

        Et puis, hop ! Rebelote !
        Il faut bien justifier les honoraires de maîtrise d’œuvre du patron : on implante donc le projet un mètre plus au sud et on ne se soucie plus de l’acte de vente de la parcelle qui ne leur appartiendra plus qu’en 2002 (ah ?) On modifie et on rallonge les locaux techniques, on remet le transfo EDF à l’extérieur (allez danse !), mais cette fois, on le met le long de la route (si un client demande quelque chose qui a déjà été fait, il a l'impression de passer pour un con alors il s'arrange pour imposer une légère variante), on déplace les auvents de chargements et de déchargements, on supprime des étages, on en crée d’autres, on réorganise les bureaux et les vestiaires … et pour les fosses, on ne s'en fait pas parce qu'elles "risqueront, de toute façon, de modifier en temps voulu l’organisation des locaux les uns par rapport aux autres…" (je cite)

        Super ! Non ?

        Aujourd’hui, tout cela a encore évolué, mais pas encore jusqu'à pouvoir prétendre que nous avons enfin atteint la version finale : on a rallongé le projet d’une travée, recréé un sas de déchargement qu’ils avaient jugé d'abord obsolète, réorienté et rétréci le bloc des locaux techniques dans l’autre sens...

        Demain, les plans jugés définitifs jusqu’au 15 mai seront terminés... et le 15 mai (ironie des plannings), les ingénieurs du génie civil nous donneront enfin l’emplacement de leurs fosses dans le dallage…
        Il y a vraiment des fois où j'ai envie de demander à mon patron si on est obligé de travailler comme ça à l'envers...
        Ça se passe comme ça, l’organisation et le dialogue entre les différents intermédiaires, dans une grosse référence de l'industrie ?

        Je ne sais pas si tous ces allers et venus inutiles y sont pour quelque chose, mais j’ai "donc" donné mon préavis de départ pour fin juillet maximum.
        Le boss en est très perturbé, mais finalement, financièrement impertubable pour autant. Il souhaite très fort que je reste au moins jusqu’en septembre (étant donné qu’à partir de juin, il ne reste plus que moi dans l’agence, les deux nanas dessinatrices étant respectivement en congé maternité à partir de fin mai, et en congé parental jusqu’en septembre), et préfère garder l’air dépité des pauvres patrons sur qui le sort ne cesse de s’acharner, au lieu de prendre les devants et me proposer une alternative qui arrangerait tout le monde. Pas d’augmentation ni de discussion en perspective pour le moment, donc… si ce n’est que c’est à moi de montrer que j’ai l’avantage de la situation et qu’il n’a pas vraiment le choix de ses intérêts.

        Problème : j’attends d’avoir une proposition concrète d’un autre côté avant de le faire chanter. Pour le moment, rien de génial au programme, à part cet espèce de CDD de deux mois en juillet et août avec cet archi qui prend sa retraite six mois plus tard.

        Ah là là ! Faut-il donc obligatoirement avoir les dents longues, nom d'une couille, si l’on veut éviter de se faire exploiter jusqu’à la moelle ?



    Charlie Bregman / Maux volatiles / Rubrique Lettres ouvertes



     

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