• Exactitude des différences

     

    Moi, je n’ai pas besoin de miroir, je n’ai pas besoin d’enregistrement ni d’analyse. Ce qui me fait vibrer à l’unisson, c’est lorsqu’il y a adéquation parfaite entre l’idéal d’esthétisme et de civilisation qui existe en moi, et ce monde que je trouve être aux antipodes de mon monde à moi. J’ai le tempérament artistique, comme on dit ici-bas : la tête dans les nuages, un peu sur ma planète, sans cesse plongé dans mon imaginaire et peu enclin à revenir les pieds sur terre. Ça, c’est le regard extérieur, celui que me portent tous ceux qui ne connaissent pas la véritable tragédie d’avoir tout un monde en soi, et d’angoisser à l’idée que ce monde puisse disparaître avec soi.

    L’artiste se définit en réalité non pas par sa difficulté à s’adapter au monde concret d’ici-bas, mais par l’œuvre dont il possède toutes les clefs.
    Mais qu’est-ce qu’une œuvre ? Qu’est-ce qu’une œuvre d’art ?

    L’œuvre d’art est d’abord un résultat : celui d’une recherche esthétique.
    Sans cesse, l’artiste est confronté à un dilemme terrible de créer une œuvre qui réponde à des critères bien arrêtés d’esthétique, ou bien de ne pas la créer (voire de la détruire). La définition-même de l’art est l’expression d’un idéal de beauté. L’artiste est celui qui s’affaire à la conception du beau, de l’équilibre des proportions, de l’harmonie des formes, des couleurs et des matériaux qu’il utilise. Ces matériaux varient, suivant la particularité de l’artiste en question, des mots aux sons, du pigment à la matière, de l’ombre à la lumière … D’ailleurs, pour moi, l’architecte serait un artiste des ombres, à l’opposé du photographe, artiste de la lumière. L’architecte bénéficie en outre d’un statut à part, dans la classification des artistes, car celui-ci est le plus rattaché au monde réel et matériel, et c’est d’ailleurs ce monde-là qui lui dicte les règles de son esthétisme : on ne construit en effet ni en dépit de la résistance des matériaux, ni en dépit des règles d’urbanisme.

    L’artiste, en quelque sorte, possède intrinsèquement une attirance inébranlable pour la liberté. L’architecte qui aurait oublié le côté artistique de sa discipline tomberait dans les mains des riches promoteurs les moins scrupuleux que l’on puisse imaginer, mais l’artiste, lui, le véritable, celui qui ne cède à aucune loi et aucun caprice, possède le caractère bien trempé des gens qui savent remettre les créanciers à leur place : car la liberté n’a jamais eu et n’aura définitivement jamais rien à voir avec le pouvoir de l’argent !
    L’artiste possède donc, ou se doit de posséder, ce que l’on a coutume d’appeler des « qualités artistiques », que l’on ne trouvera en nulle autre personne.
    Quelles sont-elles ? L’inspiration, le génie, le talent, le don, les dispositions, la vocation …

    En ce qui me concerne, je suis donc manifestement bien d’essence artistique, puisque j’associe instantanément mon existence à un intime besoin de révélation. Représentation, esthétisme et contemplation sont comme les trois grandes portes essentielles de ma destinée, et il n’appartient qu’à moi de me donner la force et le courage de les franchir. Ce que je ressens, au plus profond de moi-même, c’est une nécessité inébranlable de donner vie à l’ineffable, un besoin d’exprimer les sensations, les intuitions, les non-dits et les faux-semblants. Rendre la beauté des choses, que ces dernières soient d’un premier abord séduisantes ou bien détestables, et le faire sans esthétiser, car esthétiser se réduit à privilégier le beau sans en respecter le fond. Pour moi, ce qui importe, c’est avant tout le fond des choses, leur part de mystère, leur part de divin.

    Tout homme a un secret dissimulé tout au fond de lui.
    C’est ce trésor, qui me fascine. Non pas parce qu’il est beau, mais parce qu’il est caché.
    C’est cela que j’entends, par révélation.

    Révéler ce qui existe en moi, mais surtout révéler ce qui existe dans cette civilisation, dans laquelle j’évolue. Car ce qui existe en moi n’est peut-être pas si différent de ce qui existe en chacun d’entre nous …

    L’artiste dit se battre pour son individualité.
    Moi, je crois au contraire qu’il ne se bat que pour son universalité : une universalité qui se perd et qui s’oublie ; une universalité à sauvegarder. Une universalité que seul l’artiste sait qu’elle est en péril.




    Rubrique Mille et une nuits / Exactitude des différences / 18 novembre 2007





     

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