• Il était une fois ...

     

    L’action se situe dans une contrée où nulle amitié véritable n’est possible. Triste commencement. Il y a des jours où l’on préfèrerait avoir choisi d’autres lectures mais, hélas, on n’a pas toujours l’embarras du choix, en matière d’histoires de cow-boys. Il faudra donc espérer que l’ambiance s’améliorera au fil des lignes, et si ce n’est pas vraiment le cas, songer à m’adresser un petit mail au service des réclamations…

    <o:p></o:p>

     

    Quelque part, donc, au fin fond d’une contrée demeurant inaccessible à tout épanchement d’affinité ou de compassion, dans une petite ville dortoir située au beau milieu des terres les plus reculées du Far Profond des Alpes occidentales, là où même le grand-père de Heïdi n’aurait jamais imaginé pouvoir dialoguer ne serait-ce qu’avec une chèvre, un cow-boy solitaire, nommé Lucky Bouille, descend de son cheval blanc poussière, et s’avance vers ce qui pourrait effectivement ressembler à un bureau de poste, mis à part, curieusement, le fait qu’aucune mendicité ne semble à priori se manifester à proximité.<o:p></o:p>

    — Aujourd’hui est un grand jour, proclame le cow-boy, bien que personne ne soit là pour l’écouter.<o:p></o:p>

     

     

         Il s’avance avec contenance, déjà disposé à attendre son tour sans faire d’histoire, monte nonchalamment les quelques marches du perron, et là, vlan ! voilà qu’il se casse littéralement le nez sur la porte automatique et à demi-blindée, qui a oublié de s’ouvrir devant lui.

    — Putain de putain de putain de putain de merde ! fulmine-t-il.<o:p></o:p>

    Début de la parenthèse : une parenthèse demeure nécessaire pour m’excuser d’avance du nombre de « putain » présents sur ce site. Promis, dès que ma fille commence à parler, je fais des efforts pour essayer de trouver un équivalent plus délicat et passe-partout. Fin de la parenthèse. L’histoire peut reprendre son cours chaste et naturel :<o:p></o:p>

    Lucky Bouille regarde à droite, à gauche, jette un regard méfiant et suspicieux par dessus les épaules, s’apprête à affronter en homme, avec la voix grave, le regard terrible et les poings prêts à défendre sa virilité et son charisme invétéré, l’éventuel fou rire des encore plus éventuels témoins, mais il n’y a personne : ni fou rire ni témoin.<o:p></o:p>

    Alors il s’éponge le tarin d’un geste large et réconfortant, parce qu’il a quand même mal, même si c’est un cow-boy et qu’à l’école des cow-boys, on lui a toujours répété qu’un vrai cow-boy, ça ne doit jamais montrer que ça a mal, même si à vue de nez, le coup qu’il vient de se ramasser doit faire terriblement mal quand même. « Un vrai cow-boy doit garder la tête haute et rester digne en toute circonstance, serrer les dents et ne rien laisser entrevoir de ses souffrances, rester stoïque et de marbre, et ne pas plier ni sous les coups ni sous le vent. »

    Telle est la leçon des années vides données aux têtes à rendre bien pleines.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Alors Lucky Bouille fait un pas en arrière, afin d’avoir plus ample vision de la situation peu courante à laquelle il se trouve confronté, cherche éventuellement une poignée ou une sonnette d’alarme afin d’obtenir justice et dédommagements auprès d’un gardien qui saura lui ouvrir cette putain de barricade vitrée au travers de laquelle on ne voit rien tellement qu’il fait noir à l’intérieur, mais non : rien. Pas de poignée, pas de petit marteau rouge et de vitre à briser, pas de gardien, pas de client, pas de guichetière.<o:p></o:p>

    Le calme plat. Tout le contraire de l’émeute.<o:p></o:p>

    Un peu comme quand tout le monde a fini de se battre, au saloon, que le shérif est arrivé pour punir les coupables, et que le manque d’ambiance s’est installé au point de faire partir tous les autres qui auraient pourtant pu prendre la relève.

    — Voilà un édifice qui n’attire plus beaucoup le coyote ! se dit le cow-boy la main encore sur le nez. J’ai dû manquer un épisode …<o:p></o:p>

    Eh oui : ça parle, un cow-boy ; ça parle et ça pense. Et ça pense surtout qu’un épisode manqué, ça laisse forcément des traces quelque part, une adresse à suivre, un petit mot d’excuses, je sais pas, moi, quelque chose ! Comment ils font, les gens, sinon, lorsqu’ils doivent prendre l’histoire en cours de route ?<o:p></o:p>

    Le cow-boy s’avance un peu plus contre la façade du temple postal, de sorte qu’il a maintenant le nez sur une espèce d’écriteau fort suspect, avec des grosses lettres toutes vilaines qui viennent s’imprimer au fond de sa rétine un peu comme le ferait le marc de café au fond d’une tasse.<o:p></o:p>

    Là, enfin, il déchiffre : « FERME LE DIMANCHE ET LES JOURS FERIES ».<o:p></o:p>

    Mais encore faut-il savoir qui les fixe, ces dimanches et jours fériés, quels en sont les critères de sélection, pourquoi et en quel honneur ! Le cow-boy se gratte la tête, juste au-dessous du chapeau (qu’il n’est visiblement pas prêt d’enlever), non pas parce que ça lui gratte spécialement à cet endroit-là, mais parce que le fait de se gratter à cet endroit précis lui procure une aide précieuse et indéniable pour réfléchir. Faut-il rappeler qu’il ne suffit pas de grand chose à un cow-boy, pour s’approprier la perspicacité universelle ou bien l’idée lumineuse du siècle ? D’ailleurs : tching ! Miracle ! Lucky Bouille fait volte-face à la façon Zorro (sauf que comme il n’a pas de cape, visuellement, ça en jette un peu moins que ce que l’on a l’habitude de voir au cinéma), et il comprend que si la grande rue est déserte à cette heure si avancée de la matinée, c’est que tout fonctionne effectivement comme si tous les commerçants et commerçantes de la ville étaient d’astreinte ou de garde au foyer familial, et que même si les indiens devaient envahir la ville, personne ne bougerait avant le lendemain matin parce qu’il y a encore toute la vaisselle des invités à faire, ainsi que la maison à ranger.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Bref, tout est mort. Ou, en tout cas, tout prête à croire qu’ils se sont tous mis d’accord pour faire ou simuler une véritable journée morte.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Le cow-boy consulte sa montre ultra super féodalement développée, sort un calepin de la poche arrière de son jean qui lui sert un peu les fesses, et note : « Rien d’ouvert le dimanche et les jours fériés. »

    Il faudra qu’il le révise tous les soirs, afin d’être opérationnel le jour où quelqu’un lui posera la question.<o:p></o:p>

    Du coup, il est déçu (et il n’est pas le seul, parce que son histoire, elle n’avance pas bien vite) : il remonte sur son cheval, et s’en va, en sifflotant un air tellement plein de fausses notes qu’on le prendrait presque pour un compositeur de musique contemporaine un peu cavalier.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Tant pis !<o:p></o:p>

    Il n’aura pas de petit timbre postal à accoler au dos de sa missive.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

     

    Sale journée pour un lecteur, cow-boy, pas vrai ?

     

     

    Euh … Sale journée pour un cow-boy, je voulais dire, pas vrai, lecteur ?

     

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