• Le Corbusier, Tadao Ando, Gaudi et les autres

    [image : Eglise de la Lumière, Osaka / architecte Tadao Ando]

     

    Pourquoi avais-je donc raté ma deuxième année d’architecture ? Pour être sincère, je crois que je voulais toujours trop en faire. Chaque conseil de chacun de mes professeurs me paraissait être une castration supplémentaire des idées personnelles que je me faisais de cette discipline. Là où l’on me parlait de concept, j’entendais « baratin » ; et là où l’on me parlait d’esthétisme, je comprenais « doctrine ». La vue des rendus de projets de fin d’études, d’ailleurs, me confortait dans cette idée que nous étions tous destinés, à la fin de notre cursus, à penser, concevoir et dessiner de la même manière.

    Là où les élèves arrivaient avec leur individualité et leur créativité, les enseignants étaient manifestement payés à façonner des disciples standardisés au style de l’école, et si possible le plus reconnaissant possible par rapport aux règles de l’art qu’on leur aurait administrées. Dans les thèses de fin d’études, on se gratifiait mutuellement à n’en plus finir. Les étudiants remerciaient leurs professeurs sans qui ils n’auraient jamais accédé à une telle maturité d’esprit, et les professeurs félicitaient en retour leurs élèves de les avoir surpassés.

    Baratin ! Hypocrisies et pignoles ! Effectuez une rafle de nuit et mettez dans un sac tous les plus mauvais architectes de la ville en leur faisant croire qu’ils ont tous gagné à l’unanimité le prix Pritzker, et ils en seront encore à s’auto-congratuler lorsqu’ils n’auront plus d’air !

    Les grandes études rendent bêtes. Bêtes d’être fiers et fiers d’avoir les chevilles qui enflent. Plus tes chaussettes se déchirent, et plus tu écraseras les autres, ce qui n’aura d’effet que de prouver de la manière la plus indéniable que ta réussite est exemplaire.

    Cette année-là, j’allais avoir vingt ans : on n’allait tout de même pas me rendre malléable à souhait sans que je n’y oppose la moindre résistance ?

    « — L’architecture, c’est de la métamorphose ! nous expliquait un maître de conférences. Si l’on devait construire quelque chose en plein désert, on ne saurait pas quoi faire. En réalité, toute création architecturale est une déformation personnalisée d’un projet déjà existant ! »

    J’étais consterné. Je scrutais lentement le rassemblement de jeunes loups qui m’entouraient, mais aucun d’entre eux ne semblait broncher, sans doute déjà métamorphosés eux-mêmes en dociles agneaux prêts à suivre le premier berger qui se manifesterait.

    « — Votre exercice consistera donc à trouver deux réalisations célèbres au concept identique, et en produire une qui se placera exactement à mi-chemin de la métamorphose de l’une vers l’autre. »

    En gros, l’on désirait nous faire comprendre ceci :

    « — Vous n’êtes pas des génies. Vous n’êtes ni des Tadao Ando, ni des Gaudi. Acceptez cela comme une donnée irréfutable, et vous gagnerez un temps qui vous sera précieux ! Contentez-vous d’apprendre à vous voler les idées les uns les autres de manière assez intelligente pour ne pas vous faire repérer. Développez les concepts inaboutis des uns, accaparez-vous les plans des autres, et vous obtiendrez votre diplôme de la manière la plus simple et commode qui soit ! »

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    A vingt ans, je n’étais pas prêt à me laisser ficeler les couilles de la sorte ! J’étais un battant, oui ou non ? Là où l’on me dresserait des obstacles, j’en ressortirais encore plus fort, c’était tout. Pour moi, il n’y avait pas de tragédie possible : j’avais décidé de devenir architecte, je deviendrais architecte ! Et si les professeurs n’étaient pas à la hauteur de mes espérances, je trouverais moi-même de quoi me sustenter dans la meilleure salle de l’école : la bibliothèque.

     

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  • Commentaires

    1
    visiteur_Lili
    Mercredi 19 Septembre 2007 à 13:13
    "me laisser ficeler les couilles de la sorte" J'adore :))))
    2
    visiteur_bregman
    Mercredi 19 Septembre 2007 à 21:08
    C'est une image. Un peu explicite, mais une image, c'est tout :)
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