• Le mauvais père - première partie

     

    Il y avait dans mon entourage, un fils dont j’étais bien obligé de reconnaître qu’il était effectivement probable qu’il fût de moi. Certes, ce n’était pas l’envie de le renier qui me manquait, bien au contraire, mais, voyez-vous, en ce temps-là, les médecins et les magistrats et les sages femmes et les policiers étant tous de mèche du côté des beaux-pères et de leurs filles, il ne me fut guère possible de faire en sorte que ce maudit rejeton, qui n’avait ni ma tête, ni ma force, ne me laissa la tranquillité sauve pour le restant de mes jours.<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p></o:p>

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    Il me fallut donc épouser sa mère, ce qui me fit d’abord entrer illico presto dans le club soit-disant restreint des pauvres abrutis qui vont devoir se traîner un boulet pendant toute leur vie ; et il me fallut ensuite m’inscrire sans plus tarder à toutes sortes de petits travaux intérimaires, afin de pouvoir financièrement endosser, nuit et jour, ce nouveau rôle auquel rien, ni absolument personne, ne m’avait préparé : le rôle de chef de famille.<o:p></o:p>

    La générosité, ainsi que les responsabilités énormes que l’on exigeait de moi, étaient telles qu’il serait complètement indélicat de ma part de vous en effectuer l’énumération, de peur de décourager d’avance tous ceux qui n’ont pas été encore promus à de telles grades de la hiérarchie familiale.<o:p></o:p>

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    ***<o:p></o:p>

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    Comme sa mère voulait absolument l’appeler Igor, nous appelâmes la cause de toute ma miséricorde Igor.<o:p></o:p>

    Il faut avouer que ce prénom ne me satisfaisait guère, mais, hélas, non seulement l’on ne me demanda pas mon avis, mais, en plus, l’on me fit clairement comprendre que je n’avais pas le choix : comme le père de ma femme avait officiellement donné son accord avant même que l’on me consulte, je n’eus qu’à hausser les épaules, d’un signe plus ou moins approbateur, afin de me soumettre, une bonne fois pour toutes, aux us et coutumes de ce que la langue française osait désigner sous le terme cynique et grinçant de « belle-famille ».<o:p></o:p>

    — Tu n’es pas fils unique ? s’était insurgé ma future femme, le soir même de notre rencontre.<o:p></o:p>

    — Non. J’ai un frère, et une sœur.<o:p></o:p>

    — Quoi ? … ! Mais vous êtes donc des pauvres ?<o:p></o:p>

    Cette petite bourgeoise mal éduquée m’informa qu’il n’était pas rare de pouvoir noter l’inverse proportionnalité qui résidait entre le nombre d’enfants à charge, et la somme des rentrées salariales proprement dites.<o:p></o:p>

    Moins les parents avaient d’argent, plus ils voulaient avoir d’enfants.<o:p></o:p>

    A l’entendre, ma famille, déjà constituée d’un cheptel de trois ramifications, faisait bien évidemment partie de ce qu’elle aimait nommer « les familles nombreuses », familles pour lesquelles je représentais, par conséquent, soit le résultat indirect du statut des allocations familiales, soit une espèce de revenu complémentaire non négligeable à long terme :<o:p></o:p>

    — Tu vis chez tes parents ? me demanda-t-elle.<o:p></o:p>

    Ma naïveté ne m’échappa qu’une fois :<o:p></o:p>

    — Oui.<o:p></o:p>

    — J’en étais sûr ! Je suis sûr que tu leur verses une pension cent fois plus élevée que ce qu’il est convenable de demander à l’un de ses enfants !<o:p></o:p>

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    Je venais de rencontrer Pandore, que le destin semblait pourtant particulièrement me réserver, au vu des couples déjà formés de la soirée.<o:p></o:p>

    J’essayais donc de mêler le vice à la vis, en lui offrant un cocktail de ma composition à chaque fois qu’il me semblait naturel de la punir pour toutes les insanités intellectuelles qu’elle semblait visiblement prendre soin de me déballer dans un ordre sans cesse plus croissant vers la calamité. Au bout de neuf ou dix verres qu’elle se vida dans le gosier comme l’aurait fait un évier que l’on aurait pu doter d’un avant-bras, Pandore me fit des avances auxquelles il aurait été inquiétant de ne pas succomber, tant la générosité de son décolleté laissait entrevoir une expérience à laquelle non seulement je n’avais encore jamais été convié, mais que je n’étais probablement pas prêt de pouvoir goûter à nouveau.<o:p></o:p>

    Nous montâmes à l’étage squatter une des dernières chambres encore non occupées par les autres aventuriers de la sexualité. Là, nous nous jetâmes l’un sur l’autre avec le même appétit vorace qu’ont les loups lorsqu’ils se jettent sur un agneau, et, dix minutes plus tard, tandis que Pandore hurlait de toutes ses forces les lois tragiques de l’orgasme féminin trop précoce, je me vidai en elle sans gêne ni restriction, comme l’eut fait un puceau sur son banc d’épreuve.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Frustré de ne pas avoir pu prolonger toute la nuit des ébats que j’avais cru prometteurs, je me retirai inconscient des cuisses de ce mauvais coup d’un soir.<o:p></o:p>

    Mi fier mi honteux de ce trophée dont il était sans doute préférable que je reste le seul au courant, je rentrai sans plus tarder me coucher, la queue entre les jambes, et les couilles encore pleines de libido.<o:p></o:p>

     <o:p></o:p>

    Hélas pour mes parents, je n’avais toujours pas trouvé la perle rare avec qui j’allais pouvoir passer tout le restant de ma vie.<o:p></o:p>

    Mais, le pire était encore à venir.<o:p></o:p>

    Car l’effroyable gâchis de ce trente et un décembre, que je trouvais monumental, n’était pas encore à la hauteur des événements qui allaient en découler. <o:p></o:p>

     

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