• Des rails invisibles me guident. Le train, tandis que le vacarme se fait de plus en plus abasourdissant, s’enfonce encore plus profondément dans la nuit. De l’autre côté de la vitre, défile un paysage froid et sombre. De temps à autres, la silhouette d’un arbre vient déchirer l’étendue désertique d’un champ sans bétail. Parfois, ce sont des lampadaires, éclairant une route sur laquelle ne roule pas le moindre automobiliste. Il est tard. Dans quelques minutes, la rame s’arrêtera sur un quai de gare. Il me faudra alors enfin descendre, et puis marcher. Quitter la gare d’Austerlitz, porter mes bagages sur l’épaule, et puis à nouveau attendre… Attendre une prochaine rame, attendre que ses portes s’ouvrent devant moi, attendre un événement, quelque chose d’illogique, de surprenant, d’anormal… Quelque chose qui, d’ailleurs, ne viendra pas. Alors je finirai par repartir, en silence, par où j’étais venu, et puis… et puis quoi ? je rentrerai chez moi, je me déshabillerai, et je me coucherai, c’est tout… Il n’y a rien d’autre à ajouter ; je finirai par m’endormir profondément, pendant qu’un monde nouveau recommencera. Le rythme des jours et des nuits fait que c’est ainsi. Il n’y a pas d’autre alternative. Marcher, attendre, et puis retourner se coucher. La vie ressemble à peu de chose quand on y prête bien attention, mais cette vie-là n’est pas plus domptable qu’un fauve en liberté. Cette vie-là ne se dompte pas, elle ne se vit que lorsqu'on la subit, et il n’y a pas grand chose d’autre à faire que de se taire.

    Ecrire, c'est crier en silence. (*)

    la solitude des quais de gare

    * Inspiré par cette phrase, si juste, recueillie quelque part sur facebook ce matin…


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