• métro goulot jojo


    Le métro, c’est une espèce de long ver de terre avec des roulettes qu’on a coïncé dans des rails. Il transporte des tas d’individus de toutes les odeurs possibles à travers des sous-terrains dont la seule véritable caractéristique architecturale est d’être interminables — et de relier malgré tout des points soit-disant stratégiques de la cité du dessus.
    Ça ressemble à ce genre de chenille qu’on trouve dans les fêtes foraines, hormis le fait que là, c’est beaucoup moins marrant : pas d’accélération brusque (sans quoi les petites vieilles se transformeraient en sorcières, et une sorcière sans balai, ça se colle aux vitres d’un métro comme une grosse mouche sale contre la paroi d’un lavabo), pas de vent dans les cheveux (si on ouvre les fenêtres, les plus fragiles de la cité attrapent le rhume et la Sécurité Sociale n’a déjà plus de sous, alors il faut faire gaffe : creuser le déficit de la Sécu, c’est presque du terrorisme financier, de nos jours), pas de danger terrifiant sur le parcours (il faut seulement lever le pied au moment d’entrer dans la rame)… Bref : c’est plutôt nul, comme manège (et en plus, c’est cher : 4.80 F le tour — à l’heure de rédaction de ce vieux billet, il va sans dire, car désormais, je n’ose imaginer ! )

     

    BlogBang<script src="http://www.blogbang.com/d.php?id=4cffe26edf&n=3&o=SLW" type="text/javascript"></script>

     


    Alors comme ce n’est pas très marrant, comme manège, ça se ressent. Par exemple, imagine-toi arriver toute guillerette sur le quai de métro : tu as la petite musique des lapins bleus dans la tête, celle du conte d’Emilie Jolie, ça valse, ça sourit, ça s’envole et ça s’illumine à chaque fin de phrase. Sur le quai il n’y a personne d’autre que toi (c’est une supposition, merci de la respecter, j’ai un effet de surprise à développer) et soudain (tu la sens arriver, la surprise ? ), il y a quelque chose qui gronde, et shliiiiit, le gros ver de terre avec un monsieur RATP dedans sa tête débouche du virage et amorce son entrée dans la station. Une porte s’arrête juste devant toi, tu appuies sur le petit bouton vert (ben appuie, quoi ! Tu ne vas pas me stopper le récit en pleine action, non ? ) et donc la porte s’ouvre : là, tu pénètres dans la rame, la porte se referme (biiiip… schlac !), et sans que tu saches pourquoi, tu te sens envahie d’une terrible et incommensurable solitude : autour de toi, il y a des dizaines et des dizaines de gens, apparemment du genre humain, comme toi, avec des cheveux, des yeux, des trucs de toutes les couleurs qui leur cachent la nudité, mais tout porte à croire qu’un concours est organisé par la RATP (sans que tu n’en aies été prévenue, ce serait trop facile) et ce concours-là, je te le dévoile enfin : c’est le concours de celui qui tire la tronche la plus dépressive possible. 



    Donc tu perds ton sourire (ben oui, sinon tu es disqualifiée ! ) et tu fais pareil. Tu le fais même tellement bien que ton hyper-sensibilité te joue un mauvais tour : inévitablement, tu ressens maintenant un terrible désespoir (c’est à ça que l’on reconnaît les grands acteurs), un truc inouï, un vide d’une profondeur sans fond et dont la description reste fort heureusement impossible car si elle l’était, tu irais immédiatement te pendre au lustre le plus solide de ton donjon, sans même prendre la peine de laisser le moindre mot de remerciement à l’égard de ceux qui t’ont pourtant nourrie jusque là, ni la moindre ébauche de testament à mon encontre (petite ingrate ! )
    Puis tu arrives enfin chez toi, et tu continues de faire comme tout le monde : tu t’asseois comme une loque devant la télé, et avec la zapette dans les deux mains, tu cherches une raison de ne pas chercher un substitut à la pendaison ce soir.

    Alors là, enfin, moi, le vengeur masqué, le sauveur des lilas et dompteur des Lili, je t’écris et je te donne ma solution. 


    Moi, dans le métro, je m’installe confortablement à côté de quelqu’un dont l’odeur s’avère pas trop belliqueuse, et, avec mon air de pseudo-intellectuel — càd avec la tête de 99 % des parisiens, il ne faut pas oublier que dans la vie, les autres ne te laissent exister que si tu leur renvoies leur propre image — je sors de la poche un petit bouquin épais, dans lequel je me plonge littéralement et à tel point que j’en oublierais presque mon arrêt ! « Elle fut sevrée, je ne l’oublierai jamais, entre tous les jours de l’année, précisément ce jour-là ; car j’avais mis de l’absinthe au bout de mon sein, et j’étais assise au soleil contre le mur du pigeonnier ; … Mais comme je dirais, dès qu’elle eut goûté l’absinthe au bout de mon sein et qu’elle eut senti l’amertume, il fallait voir comme la petite folle, toute furieuse, s’est emportée contre le téton ! Tremble, fit le pigeonnier… » Je lève la tête : station Riquet.

    L’homme d’en face me regarde bizarrement. Qu’est-ce que j’ai ? Je me rends compte, dans la vitre, que j’ai un sourire niais qui m’a démasqué l’intégration parmi la masse. Allons, allons ! Un peu de sérieux ! Donc je respire un grand coup l’air vicié du wagon, effectue un petit tour rapide de l’horizon dépité de la nature humaine qui rentre du travail, puis continue ma lecture …
    « LADY CAPULET : — Voilà justement le sujet dont je viens l’entretenir… Dis-moi, Juliette, ma fille, quelle disposition te sens-tu pour le mariage ? »
    Précision : Juliette va tout juste avoir ses quatorze ans …
    « JULIETTE : — C’est un honneur auquel je n’ai pas même songé.
    LA NOURRICE : — Un honneur ! Si je n’étais pas ton unique nourrice, je dirais que tu as sucé la sagesse avec le lait. »
    Station Crimée. Je relève la tête. Tout le monde m’observe à nouveau du coin de l’œil.

    Quoi encore ? Ah oui, je me marre comme un tordu pendant que je bouquine… Ça doit être ça…
    Plus loin, c’est encore pire (l’éditeur a dû vaporiser un euphorisant dans le vieux papier) :
    « ROMEO, revenant sur ses pas : — C’est mon âme qui me rappelle par mon nom ! Quels sons argentins a dans la nuit la voix de la bien-aimée ! Quelle suave musique pour l’oreille attentive !
    JULIETTE : — Roméo !
    ROMEO : — Mamie ? »
    Ces cons-là, ils l’ont écrit écrit en un seul mot ! Ah ah ! Mamie ! Je me marre ! Il y en a qui appellent déjà leur femme maman, mais mamie, alors là, vraiment, c’est le pompon ! Bon, c’est ma station. Je reprends (ou du moins j’essaie) une tête de croque-mort, et je remets le livre dans la poche. Le type d’en face jette un œil sur la couverture : SHAKESPEARE - ROMEO ET JULIETTE. Là, il me regarde interloqué, et c’en est fini de ma réputation : cet inconnu me colle une étiquette d’illuminé sur le front.
    D’ailleurs, toi aussi, si ça se trouve. C’est vrai que rigoler comme ça en lisant Roméo et Juliette, ce ne doit pas être vraiment commun, mais bon, il ne faut pas m’en vouloir, ce drame-là, moi, je le trouve quand même drôlement bien écrit. Si si. Drôlement.
    Non ?
    Je le conseille à tous, ce papier-là. Ce « chèque pire » est excellent et je suis sûr que son éditeur fera fortune en cas de crise. Tu verras. La crise dope toujours les ventes du rire. C’est normal. Quand tu es en train de te noyer, tu ne paies pas quelqu’un pour qu’il te pousse encore davantage la tête dans l’eau, non ? Eh bien en littérature, c’est pareil.
    Donc, pour les soucieux, les malades, les souffrants, les déprimés, les écoeurés, les révoltés, les aigris, les flétris et les rabougris, je n’aurais qu’un seul mot à dire :
    LISEZ CHEQUE PIRE !
    Ou demandez Shakespeare. C’est pareil. Il y a l’orthografe qui chenge mais sa, vous savé, c pa bien grav parke biento, dé réforme terribilis surviendrons et Nostradamus vaincra.
    Orthographica horribilis mourrira.

     

    <script type="text/javascript">// <![CDATA[ WEBO_ZONE=1; WEBO_PAGE=1; webogold_ok=0; // ]]></script><script type="text/javascript" src="http://script.weborama.fr/gold.js"></script><script type="text/javascript">// <![CDATA[ if(webogold_ok==1){webogold_zpi(WEBO_ZONE,WEBO_PAGE,224736);} // ]]></script>

    Bookmark and Share <script type="text/javascript" src="http://s7.addthis.com/js/250/addthis_widget.js?pub=bregman"></script>


    Tags Tags : , , ,
  • Commentaires

    1
    nina
    Lundi 8 Décembre 2008 à 19:23
    ALORS, A QUAND UN NOUVEAU LYNCHAGE NUMERIQUE, MINABLE CONNARD DE FLIC, ORGANISE POUR " SORTIR DE LEUR BOITE DES GENS " QUI AURAIENT BESOIN D UNE BONNE LECON PARCE QU'AYANT DÉPLUT A CE GROS LACHE DE SI PEU PRESIDENT , MEUH ?
    http://embruns.net/ aka- Merci de votre commentaire. -Il a été bien enregistré et sera publié prochainement après validation.
    2
    bregman
    Lundi 8 Décembre 2008 à 22:39
    Désolé, moi y'en a pas pouvoir comprendre langage non structuré.
    Merci de reformuler votre pensée, si véritable pensée il y a, bien évidemment.
    Sinon, merci de vous faire rebooter. Si, si, comme les ordinateurs, ça se fait, ça. ça ne fait pas mal et ça rend service.

    (si quelqu'un peut m'aider à déchiffrer ce magnifique commentaire, je suis preneur. J'ai loupé qqch ou il y a un concours organisé quelque part pour le commentaire le plus insolite que l'on puisse laisser sur un blog ?!)
    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :