• Ni Dieu ni Diable : rencontre avec Emanuel Abran

    Aujourd’hui, nous avons rendez-vous avec le Québec, principal bastion de la langue française au Canada. Comédien de formation, l’auteur derrière le pseudonyme d’Emanuel Abran s’est surtout fait connaître via un feuilleton télévisé qui fut diffusé pendant huit ans. Cofondateur d’une boîte de production qui existe depuis 1986, il y a cumulé les fonctions de producteur, réalisateur, scénariste et concepteur pour toute une gamme de produits médias… Après avoir participé à l’essor de son entreprise durant près d’une décennie, il s’est ensuite consacré à la direction artistique, concevant les décors d’une vingtaine de séries pour le petit écran, de quelques pièces de théâtre et longs-métrages, et d’environ trois cents publicités télévisées. Mais c’est principalement au sujet de son activité d’auteur indépendant que nous allons faire plus ample connaissance avec lui.

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    1 - Emanuel Abran, bonjour ! Tout d’abord, une question que je pose à tous les auteurs que je rencontre : à partir de quand avez-vous ressenti l’envie (ou le besoin) d’écrire ? Y a-t-il des auteurs particuliers qui sont à l’origine de cette passion ?

    Dans mon cas, malheureusement, ou heureusement, l’écriture ne fut même pas un choix. Ce fut plutôt brutal, comme si du jour au lendemain ma survie même en dépendait. Difficile d’expliquer un tel sentiment d’urgence de façon logique, mais c’est comme cela que je l’ai vécu. Je me suis attaqué au premier jet d’un court roman – vite laissé en plan parce que trop autobiographique à mon goût –, puis j’ai entrepris Ni Dieu Ni Diable, un thriller historico-ésotérique qui m’a porté infiniment plus loin que je ne le pensais au départ.

     

    2 – Pour Ni Dieu Ni Diable, qui est votre première œuvre auto-publiée, vous vous êtes lancé corps et âme dans dix années d’écriture. Pouvez-vous nous en dire plus ?

    Si j’avais su en partant que j’y sacrifierais dix ans de ma vie, je ne crois pas que je me serais risqué dans une aussi folle aventure. Le concept de base était et reste pourtant d’une simplicité désarmante, et je ne l’exposerai pas ici parce qu’il révèle la trame la plus secrète de mon intrigue. C’est en faisant des recherches pour étoffer l’un de mes personnages que cela s’est gâté, si je puis dire, parce que je me suis retrouvé devant une montagne de documentations diverses qui non seulement remontent jusqu’à la Haute Antiquité, mais qui en plus marquent de leur influence à peu près toutes les civilisations passées et présentes, tant du point de vue social que religieux, intellectuel, artistique, scientifique ou technique.

    Les quatre volumes se sont imposés d’eux-mêmes, car il m’était impossible de raconter les plus de cinq mille ans de cette tradition quasi ininterrompue en quelques centaines de pages.

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    3 – Comment vous est venue l’idée d’écrire cette histoire ? Quels ont été les éléments personnels qui ont allumé l’étincelle de départ, et quelles ont été vos influences littéraires conscientes ou inconscientes, selon vous, avec le recul ?

    L’idée me trottait dans la tête depuis longtemps. Elle pourrait se résumer en seul mot savant, tellement elle est vieille comme le Monde, sauf que ce sont deux faits vécus qui m’ont le plus inspiré. Mes recherches ont fait le reste, confirmant année après année que j’étais dans la bonne direction.

    Quant aux influences littéraires, Ni Dieu Ni Diable doit beaucoup à Umberto Eco qui est l’initiateur du genre «thriller historico-ésotérique» que j’ai métissé de science-fiction et d’un peu de fantasy, ainsi qu’à Anne Rice dont j’apprécie particulièrement la fluidité du style et les monologues intérieurs qu’elle sait rendre mieux que personne.

     

    4 – Vous êtes-vous découvert des habitudes de travail particulières pour écrire ?

    La seule manière de venir à bout d’une quadrilogie qui compte plus mille six cents pages fut d’écrire quotidiennement, sept jours sur sept, de huit à dix heures par jour. Pas de vacances, pas de week-ends, pas de vie sociale, pas de vie amoureuse… Rien. « Extrémiste », dites-vous ? Non. Juste un peu compulsif. Et c’est une existence de moine cloîtré que je ne recommande pas.

     

    5 – De tous les métiers que vous avez pratiqués, quel est celui qui vous a donné le plus de liberté, selon vous ? Et y en a-t-il un qui vous a été plus utile que les autres dans votre travail d’auteur ?

    Ayant touché à presque tout dans le domaine de la production audiovisuelle, des deux côtés de la caméra, je peux affirmer sans l’ombre d’un doute que le seul métier où j’aurai profité de la liberté la plus totale a été celui d’auteur. Un auteur emprunte tout à la fois les rôles du narrateur, de l’acteur, du metteur en scène, du décorateur, du costumier, et cetera, mais en n’utilisant que des mots pour faire avancer l’action ou décrire ce que ses héros ressentent via ses cinq sens. En somme, vous êtes le seul créateur, sans compromis ni interférences extérieures.

     

    6 - Certains déplorent le fait que la part attribuée à l’auteur, comparée à celle de tous les intermédiaires de la chaine du livre, ne soit pas représentative de la quantité de travail fournie. Comment un homme comme vous, qui devez bénéficier d’un bon réseau peut-être jusque dans le milieu de l’édition traditionnelle, en arrive à l’auto-édition ? S’agit-il d’une volonté délibérée de faire route en toute liberté, ou un coup de pied dans la fourmilière ?

    Comme bien d’autres professions qui relèvent de la création artistique, les auteurs sont loin de recevoir leur juste part, quand ils ne se font pas carrément voler. Vous n’avez qu’à lire toutes les histoires d’horreur qui circulent sur Internet ou à interroger les gens du milieu pour vous rendre compte que les magnats de l’édition sont souvent malhonnêtes, étroits d’esprit, très mercantiles et assoiffés de best-sellers préformatés pour la lecture de plage. Et je parle en connaissance de cause, puisque mon livre a eu l’insigne honneur d’être retenu par deux de ces éditrices dites «traditionnelles» qui m’ont fait poireauter pendant des mois, en pure perte.

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    7 - Comment les québécois vivent l'arrivée des liseuses et tablettes dans leurs façons d’appréhender la littérature ? Est-ce que la lecture numérique est déjà devenue une habitude courante, ou se heurte-t-elle encore, comme cela est le cas en France, à de nombreuses réticences psychologiques ? Quel est l’accueil des lecteurs pour les auteurs auto-édités ?

    Chaque année, le livre numérique gagne de nouveaux adeptes. En fait, je suis convaincu que cette transition technologique est inéluctable, comme elle le fut par le passé avec l’invention du codex, de la presse d’imprimerie ou de l’ordinateur personnel. Entre un beau mais encombrant livre papier et un document virtuel qui ne pèse rien, qui coûte une fraction du prix, qui n’exige aucune coupe d’arbre, et grâce auquel, entre autres fonctions, vous avez accès aux dictionnaires et à Wikipédia rien qu’en cliquant sur un mot ou un nom propre, il me semble que l’avenir se dessine de lui-même.

    À propos de l’accueil des lecteurs pour les auteurs auto-édités : un bon livre demeure un bon livre. Et que je sache, les maisons d’édition ne se gênent pas pour nous vendre un paquet de merdes sans intérêt. De plus, ici au Québec, deux écrivaines à succès viennent de faire scandale en décidant de vendre les versions numériques de leurs écrits directement sur leurs propres sites Web. « Traîtresses ! », se sont exclamés les éditeurs et les libraires qui depuis 30 ans font leur beurre avec ces deux figures de proue de la littérature québécoise, et dont l’une, d’ailleurs, a connu un conflit fort médiatisé avec son ancien éditeur qui lui avait fait perdre énormément d’argent en lui faisant signer avec un contrat désavantageux.

     

    8 – En une phrase, la littérature, pour vous, qu’est-ce que c’est ?

    Pour un auteur, la littérature, c’est lire et corriger cent fois la même phrase, sans jamais pouvoir atteindre la perfection.

     

    9 – Et maintenant, un petit exercice de style : pouvez-vous nous raconter, avec vos expressions à vous du Québec, ce moment jubilatoire (ou pas) où vous avez tenu votre livre dans les mains pour la première fois ?

    Le vrai moment jubilatoire, c’est pas de tenir ton livre pour la première fois. C’est chaque fois qu’un lecteur prend la peine de t’écrire un commentaire. Ça, c’est au boutte ! C’est le fun à planche ! (traduction : Ça, c’est le summum ! C’est un plaisir énorme !)

     

    Emanuel Abran, merci beaucoup pour votre disponibilité. Je vous souhaite la bienvenue sur le marché de la France métropolitaine, et beaucoup de succès à vos 4 tomes qui s’annoncent très prometteurs.

     

    Restez en contact avec Emanuel Abran en le suivant sur sa page Facebook.

     

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    Ni Dieu Ni Diable, Vierge Noire, Livre Premier

    478 pages

    ISBN 9782924163009 (version imprimée)

    ISBN 9782924163023 (Kindle)

     

    Ni Dieu Ni Diable, Guet-Apens, Livre Deuxième

    336 pages

    ISBN 9782924163047 (version imprimée)

    ISBN 9782924163061 (Kindle)

     

    Ni Dieu Ni Diable, Machine Temporelle, Livre Troisième

    344 pages

    ISBN 9782924163085 (version imprimée)

    ISBN 9782924163108 (Kindle)

     

    Ni Dieu Ni Diable, Utopia, Livre Quatrième

    532 pages

    ISBN 9782924163122 (version imprimée)
    ISBN 9782924163146 (Kindle)


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  • Commentaires

    1
    marialis
    Mercredi 22 Janvier 2014 à 22:25
    une interview très intéressante avec un auteur atypique et passionné....Allons flirter avec la littérature québécoise!....
      • charliebregman Profil de charliebregman
        Mardi 28 Janvier 2014 à 09:50
        Avec la littérature et le talent québécois ;-)
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