• Plan B ?

     

    J’allais donc voir l’enseignant de géométrie spatiale, qui me répondit que ma note de seize sur vingt de première année était à remettre en jeu car c’était le certificat en entier qui était à repasser.

    Le maître de projet architectural, qui se trouvait être le grand administrateur des deux certificats C04 et C08 en question, me confirma quant à lui, que non seulement un projet serait à effectuer dans chacun des deux certificats concernés, mais qu’en plus, les redoublants de première année avaient droit à un traitement de « faveur » en devant traiter un projet de deuxième année, faisant appel à leurs connaissances plus approfondies en la matière !

    « — Mais qu’est-ce que le redoublement a à voir avec la première année, s’il considère que l’étudiant est capable d’un projet de deuxième année ? m’exclamai-je malgré moi.

    — Le redoublement porte essentiellement sur l’ensemble des connaissances du cycle complet des deux premières années, me reprit-il.

    — Et comment pourrais-je trouver le temps pour concevoir deux projets en même temps, en plus des quarante heures hebdomadaires de cours, les heures de rattrapage des cours auxquels je n’aurai pu assister, les révisions et les exercices de géométrie et de résistance des matériaux à faire chaque semaine ? »

    Je vis dans ses yeux la lueur de ceux qui aiment jouir du privilège de rabaisser l’individu qui a osé venir se plaindre à eux :

    « — Pour être franc, passer trois certificats en même temps est une épreuve insurmontable. Certains s’y sont déjà risqué, mais pour rien. Vous gaspillerez votre année : c’est tout ce que vous en ferez ! »

    J’étais consterné. Ce grand gourou de l’architecture lyonnaise était en train de me demander si j’avais prévu un plan B ?

    « — Personne n’a jamais réussi ce tour de passe-passe. Vous n’avez peut-être pas eu la chance d’échouer aux bons certificats, mais ni vous ni moi ne pouvons revenir en arrière.

    — Mais reconnaissez que celui qui acquiert le C08 a forcément acquis les connaissances exigées pour le C04 !

    — Ce n’est pas prouvé.

    — Je devrai donc rendre deux projets ? fis-je, sur le ton de celui qui attend une confirmation définitive au discours surréaliste dont il vint d’être témoin.

    — Personne ne peut changer le règlement. »

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    Le défi était-il donc voué à l’échec ? J’avais déjà coûté deux années d’études supérieures à mes parents, et je ne me voyais pas supporter la responsabilité d’un tel gâchis. Fallait-il abandonner tout de suite pour minimiser les dégâts ? Le bail de l’appartement dans lequel je logeais exigeait trois mois de préavis. Peut-être me fallait-il effectuer cette démarche au plus vite ?

    Ce redoublement s’annonçait être l’exercice d’acrobatie le plus périlleux que je n’avais jamais effectué. Mes enseignants avaient visiblement pris la décision de saboter le filet jusqu’au bout, et personne ne me laisserait pas le moindre droit à l’erreur. Que me fallait-il faire ? La profession d’architecte allait-elle m’être retirée d’office et de la sorte ?

    Je n’avais même pas le droit de me battre. On me reléguait au banc des cancres, à la place de ceux pour qui il n’y a déjà plus rien à faire tant ils sont mauvais.

    <o:p> </o:p>

    Je passai un week-end sordide, enfermé entre mes quatre murs à chercher une solution qui ne voulait pas venir, pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait pas d’autre solution que d’accepter de le relever quand même ce défi. C’était à prendre ou à laisser. Entre se battre ou bien abandonner tout de suite, mon tempérament avait déjà fait son choix : dès lundi, alors que tous les étudiants se croyaient encore en vacances, je me mettrais dur au travail.

    J’allais réussir. Il n’y avait pas d’autre solution. C’était une question de vie ou de mort. Une question du type « être ou ne pas être ». Une de ces questions qui exigent de vous que vous soyez vivant avant que l’on vous décrète mort.

    Et puis, de toute façon, c’était également une question d’honneur. On ne badine pas, avec les questions d’honneur !

    L’honneur, c’est ce qu’il reste lorsque tout est vain. C’est le seul carburant qui te permet de décrocher les étoiles tandis que toutes les équations prouvent non seulement que cela est impossible, mais qu’en plus, c’est ton être à lui tout seul qui rend cette réussite strictement et définitivement impossible.

     

     

     

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