• Un monde en perdition

    De tout temps, le prix à payer pour la liberté s'est toujours avéré exorbitant. Lorsque j'ai choisi l'autoédition plutôt que la recherche sereine et patiente d'un éditeur, je ne savais pas à quel point les apriori seraient nombreux et tenaces.

    D'un tempérament plutôt discret, il faut reconnaître que la confiance en moi n'est pas mon fort. En effectuant mon avant-première édition de quelques dizaines d'exemplaires, je m'offrais une confrontation "série limitée" qui ne pouvait pas davantage convenir à mes doutes à pouvoir avoir écrit un livre qui n'intéresserait personne.
    Au fur et à mesure des témoignages positifs, rassurants, voire même carrément encourageants de la part de mes premiers lecteurs (ou faudrait-il plutôt dire "lectrices", étant donné le très faible taux de participation de la branche masculine dans le domaine de la lecture ?), comme je ne me sentais toujours pas prêt à me positionner au devant de la scène pour faire le marketing de mon livre, je me suis dit que la publication de ces "retours de lecture" serait certainement un bon moyen de donner envie à d'autres lecteurs de découvrir ce livre.
    En réalité, aujourd'hui, bien que le bouche-à-oreilles ait bien plus fonctionné que ce à quoi je m'attendais, je me demande si tout cela ne fait pas maintenant carrément suspect…

    Un auteur autoédité, qu'on le veuille ou non, ça sent la loose à plein nez. Il a beau dire qu'il a choisi son statut, souvent pour la liberté, ça sent l'arnaque. S'attribuer le titre d'écrivain est quelque chose qui se mérite ! N'entre pas dans le cercle restreint qui veut ! L'intelligentsia parisienne - ou pire, simplement provinciale ! - veille au grain et la doctrine littéraire a depuis longtemps dépassé le débat théorique sur ce qu'est la littérature et ce qui n'en est pas…

     

    lis tes ratures


    L'idée communément répandue selon laquelle seuls les éditeurs auraient le pouvoir de transformer un écrivaillon en véritable écrivain est tenace.

    Chez les libraires, l'idée selon laquelle prendre en dépôt vente l'ouvrage d'un autoédité parmi les plus merveilleuses nouveautés de la littérature française serait une véritable trahison envers les maisons qui leur assurent le plus gros chiffre d'affaires, semble également bien ancrée.

    Et quand l'ouvrage à faire découvrir s'intitule "Vivement l'amour", alors là, forcément, ce n'est pas possible !

    Si on a un caractère bien affirmé, on va clairement manifester son dédain : "quoi ? un ouvrage autoédité ? ah non, on ne fait pas ça dans notre librairie !"… Ou si on a l'hypocrisie plus taigneuse, on fera semblant de s'extasier, acceptant un ouvrage de démonstration pour le lire, jouant les prolongations de mois en mois, et finalement en s'en débarrassant avec le premier client qui osera le demander (en ne manquant pas d'encaisser le prix du livre sans toutefois en avertir l'auteur, puisque, de toute façon, celui-ci n'en sera jamais un vrai tant qu'un distributeur ne prétendra l'avoir accepté sous son aile !)

     

    libraires indépendants


    L'amour, cette niaiserie universelle qui fait battre le cœur des midinettes et pollue la liberté de penser des grands de ce monde, ne se décline aujourd'hui que sur le thème du déclin (l'amour ne dure-t-il pas que trois ans ?) mais, de grâce, certainement pas sur le thème de l'épanchement sentimental, nom d'un Flaubert !

    L'éducation amoureuse n'est plus à l'ordre du jour !

    Le réveil des sentiments, c'est déjà lu, déjà vu et revu, décliné sous toutes les coutures, et franchement, hum, ce n'est pas marketing du tout.

    La tendance littéraire est au noir, à la critique, au cynisme, au pessimisme et au désespoir, mais certainement pas à l'humour et à la joie de vivre !

    2012, année de la fin du monde. Décadence sociale, fin d'un système, éboulement de toutes les valeurs qui auront constitué l'abomidable monde des peines de nos aïeux : ça, mon brave, c'est la réalité, et la littérature, qu'est-ce donc d'autre que l'écriture souffrante et déprimée de la réalité ?!

    Montrer aux croyants qu'il n'y a plus aucune raison de croire, ah, ça, whaou, c'est vraiment le propre du génie !

    Soit.

    autodafé phenix


    Cependant, moi, je suis en décalage. Vos décadences, votre monde en perdition, votre nihilisme passif (eh oui, moi aussi, voyez-vous, j'ai lu Nietzsche !), tout ça n'est à mes yeux que la manifestation mythomane de votre médiocrité, de votre facilité à vous complaire dans l'échec plutôt que d'entreprendre quelque chose de positif pour vous en sortir.

    Vous brûlez vos idoles ; grâce à internet, vous laissez libre cours à vos jalousies, vos aigreurs et vos haines ; et grâce aux réseaux sociaux, en évoluant parmi vos cercles restreints d'amis qui n'en sont pas, vous vous persuadez que votre supériorité aux autres n'est qu'évidence !

    L'heure est à la critique. Ne pas aimer quelque chose ou quelqu'un est une preuve d'autonomie intellectuelle, pas vrai ?

    Malraux disait que le XXIème siècle sera mystique ou ne sera pas ? Ah ah ! Vous avez raison : nions l'existence de ce nouveau siècle ! Restons bien ancrée à notre petit nombril, voyons midi à notre porte, et surtout, méfions-nous de toutes les religions qui ne sont que mensonges, trahisons et poisons !

    Dieu est mort (Nietzsche, toujours…)

    Christ_dans_le_désert


    Oui, Dieu est mort. Mais vous, vous demeurez des hommes. De simples et misérables hommes. Misérables dans leurs pensées, lamentables dans leurs actes, et méprisables dans leurs lâchetés. Vous mentez aux autres et vous mentez à vous-mêmes, n'aimez personne, n'existez qu'au travers du regard des autres et craignez, plus que tout au monde, d'avoir à affronter votre propre solitude.

    Eh bien moi, je persiste et je signe. Je dis "Vivement l'amour". Le cri du cœur. Le soupir, le soulagement, la bouffée d'oxygène.
    Je suis de ceux qui s'isolent quand ça ne va pas. Je suis de ceux qui préfèrent construire que détruire. Vivre plutôt que de mourir. Aimer et rire plutôt que ressasser et souffrir.

    Libre à vous de continuer. Libre à vous de changer. Libre à vous de vivre à votre tour.
    Quand j'ai écrit ce livre, j'ai voulu partager l'amour, l'humour, la joie, les souvenirs et l'espoir.
    Ce peut être idiot pour certains d'entre vous, mais ce sont des valeurs auxquelles je crois. Des valeurs nécessaires, et même indispensables, sans lesquelles aucun monde ne mérite d'être construit.

    Lire vous fatiguera, j'en suis persuadé.
    Mieux vaut se gaver d'images, d'informations virtuelles et de données exponentielles.
    Mieux vaut s'évader le cerveau déconnecté. La vie aliénée.
    Vous avez raison.
    Vous avez toujours eu raison.
    Jusqu'au moment où votre raison a définitivement pris le chemin de la folie.

     
     

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