• La rose des jours

    jeux d'échecs

    Il y a un jour, comme ça, où ça nous tombe dessus, sans prévenir, sans crier gare. On ne peut pas dire que l’on y était préparé, car, au fur et à mesure des années, ces choses-là ne s’imaginent même plus. Les rails sont tracés, la direction est donnée, les wagons sont chargés, et quelle autre alternative pourrait-on bien vouloir donner aux événements, dans des situations pareilles ? Il y a bien des moments où l’on se surprend à rêver d’un déraillement, d’un détournement, d’un attentat, mais la vie, ce n’est pas comme dans les films, ces choses-là n’arrivent pas aussi souvent que l’on voudrait nous le faire croire, et quand elles arrivent, c’est toujours pour le voisin d’à côté.

    Alors on avance. On se concentre sur l’avenir. L’essentiel.

    Le passé s’éloigne, les souvenirs s’estompent, les musiques s’évaporent, et tout le monde nous dit que c’est normal, que c’est la force des choses, qu’il faut bien grandir, céder aux responsabilités, troquer ses rêves contre des actes, que tout le monde a toujours fait comme ça, depuis des générations et des générations, et que personne n’est jamais mieux loti que ce « tout le monde »-là, que ceux qui le disent disent des mensonges, et que ceux qui y croient… Beaucoup de courage, à ceux qui y croient !  Aujourd’hui était hier, hier était aujourd’hui, aujourd’hui n’est qu’une stérile répétition de la journée de demain.

    demander la lune

    Se concentrer sur l’avenir. L’essentiel. Avoir les fleurs qui fanent, les feuilles qui tombent, le bois qui sèche… Devenir une pierre. Ne plus ressentir les choses, avoir ce sentiment désespérant d’être déjà mort avant d’être mort, tout en sachant pertinemment, pourtant, qu’il nous reste probablement toute la vie devant soi avant que l’acte de décès ne devienne officiellement… officiel.

    L’avenir, bébé. L’avenir. Ce truc qui n’existe pas et qui ruine les existences. Ce fardeau imaginaire qui pèse en permanence sur chaque pas que tu fais dans ta vie, chaque projet que tu entreprends, chaque phrase que tu prononces, chaque personne que tu côtoies… L’avenir. L’avenir. Ce truc incohérent, monstre pas encore totalement né et pourtant si présent, qui ne cesse, à chaque heure, de te mettre en garde contre le pire à venir.

    On sait ce que l’on a, on ne sait pas ce que l’on trouve, entend-on de ci de là. Le culte de l’immuabilité. La fin des vivants. La stérilisation de tout début d’émotion au profit d’une seule qui gouverne tout : la peur. L’angoisse. L’anxiété de douter si fort de pouvoir en être capable, de s’imaginer des ailes que personne ne voit et de se voir voler comme personne ne le supporterait.

    L’avenir.

    fuir

    La bousculade des heures, la répétition des jours, le défilement des semaines, des mois, des années, et puis se retrouver là, un beau jour, face à son miroir comme on se retrouve face à un inconnu, tellement surpris de ne plus se reconnaître.

    Nous vivons tous ces vies-là. Nous vivons tous ces fermetures au monde, au présent, aux parfums évanescents et aux vents qui nous caressent la nuque.

    Nous vivons tous cette mort-là.

    Et puis, un jour, comme ça, on ne sait pas pourquoi, un ange tombe du ciel. Cadeau. La machine se remet en route à nouveau, le cœur se réveille, l’espoir se ranime, les yeux s’ouvrent et on se sent tout emmêlé de l’intérieur, plein de fils pleins de nœuds à démêler, à ne pas savoir par quel bout s’y prendre…

    On a envie d’y croire. On a peur d’y croire.

    Et si…

    Non ! Pas l’avenir. Plus l'avenir.

    Respirer. Vivre. Renaître.

    Maintenant.

    l'avenir des anges

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  • Commentaires

    1
    Alicia
    Lundi 20 Janvier 2014 à 22:06
    Il me touche, ce texte. J'y vois de la poésie et une envie de te suivre jusqu'au bout de la nuit !!!
      • charliebregman Profil de charliebregman
        Mercredi 22 Janvier 2014 à 00:05
        Alors allons-y !!! :-D
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