• Adulescent

     

    J’ai quinze ans.

    Certains hurleront de rire et se moqueront de moi comme si j’étais quelqu’un qui refuse de vieillir, mais, franchement, si je veux être sincère, il faut que je commence par dire que j’ai quinze ans. Ça ne peut commencer autrement, la présentation d’un individu pareil. Et puis, qu’est-ce que j’y peux, moi, si j’ai toujours quinze ans dans ma tête ? Certains vous diront que je suis devenu un vrai adulte comme il faut, sans scrupule et sans état d’âme, mais en réalité, je cache bien mon jeu. J’avance en adulte, j’effectue mon travail et je comptabilise mes heures, je donne de moi et je rends service, mais rien n’y fera : ils auront bon me donner des leçons et prendre leurs grands airs, ils auront beau me faire croire qu’ils savent tout, je continuerai toujours de croire qu’ils ne savent rien. Ils auront beau m’allécher de beaux contrats et de jolies sommes, m’attirer parmi eux et me compter dans leurs rangs, me faire signer des prêts longue durée et essayer de me mettre à table, je ne mangerai pas de ce pain là.

    Car mon âme est libre. Mon âme est loin et je ne me sens pas des vôtres.

    Je suis la rivière, mais mon esprit a déjà pris la clef des champs, et cela depuis déjà fort longtemps. <o:p></o:p>Mes papiers ont bientôt trente ans, et mes idéaux sont restés bloqués à quinze, mais je ne changerai pas. Je ne changerai jamais.

    Donnez-moi des titres et des responsabilités, donnez-moi du travail et faites-moi travailler ! Faites-moi donc confiance ! Vous savez bien que je ne vous ai jamais déçus … Je suis docile et malléable, comme le tigre qui fait son numéro ! Je n’ai jamais mordu, ou presque ! Alors, versez-moi mes salaires et mes primes d’intéressement, puisque vous avez maintenant tout fait pour m’y intéresser !

     

    Avec de l’argent, l’on achète tout.<o:p></o:p>

    Vous avez l’habitude, vous qui n’avez pas un brin d’humanité à vendre ! Avec de l’argent, l’on achète du temps, avec des tunes, on se promet la lune, avec du pèse, on se paie un corps à son aise, avec du fric, qu’est-ce qu’on fait, avec du fric ? J’aimerais bien savoir, ce que vous en faites, de votre fric ? A moins que ce ne soit le fisc qui ne s’en occupe ; puisque votre système est suffisamment rodé, et les rouages suffisamment huilés pour que tout écoulement à la source revienne irrésistiblement de lui-même à cette même source …<o:p></o:p>

    <o:p> </o:p>

    Mais, à propos, je voulais vous demander … Vous reste-t-il un peu de monnaie pour le reste ? Je veux dire « tout le reste » : comment gagnez-vous l’affection de vos proches, le pardon de votre femme, la reconnaissance de vos enfants, la fierté de vos parents, la bienveillance de vos pairs, la compassion de vos amis ?

    Qui se ressemble s’assemble, me direz-vous ?

    Et puis, tout ça, ce ne sont que des questions d’enfant, c’est ça ? Nous avons un travail, nous, nous avons un métier, monsieur ! Nous sommes des individus sérieux et notre temps nous est compté, car le temps, c’est de l’argent, et le travail, c’est avant tout de la rentabilité …

    <o:p> </o:p>

    Décidément.

    Sommes-nous seulement faits pour nous comprendre, nous autres, les enfants, et vous autres, les adultes ? Sommes-nous seulement faits pour devenir comme vous, lorsque sonne l’année de nos quinze ans ?

    Nos monnaies sont si différentes …

    Voyez-les, vos trésors, encore intacts, jamais gaspillés, toujours accumulés, entassés, amassés ! Voyez-les, mes idéaux, mes espoirs, mes flammes qui vacillent et mes nuits qui s’éteignent, mes jours qui se ravivent et mes amours qui s’embrasent ! Voyez vos aigreurs, vos vanités, vos grands airs et vos petites arrogances, et puis mes rêves, mes utopies magiques, mes forces insensées et mes volontés inébranlables !

    <o:p> </o:p>

    Voyez comme vous vous les appropriez, vos monnaies !

    <o:p> </o:p>

    Voyez comme je vous les livre, les miennes : sans caution aucune, sans promesse, sans gage ni hypothèque en retour.

    Sans calcul ni garantie.

    <o:p> </o:p>

    Franchement : là où les âges nous emmènent, croyez-vous que cela nous soit utile, d’avoir les poches aussi pleines ?

    <o:p> </o:p>

     

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  • Commentaires

    1
    visiteur_Liliput
    Mardi 12 Septembre 2006 à 04:36
    Les poches, non. Et les bourses non plus, d'ailleurs ! LOL
    2
    charliebregman
    Mardi 12 Septembre 2006 à 07:45
    3
    Lisa du 53
    Samedi 31 Janvier 2009 à 23:20
    Money is money ;o)
    4
    charliebregman Profil de charliebregman
    Dimanche 1er Février 2009 à 17:56
    Vous avez raison : trop de sentiments nuit au porte-monnaie ;)
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