• Auto-interview d'une autofiction corrigée en auto et autoéditée

    Auto-interview d'une autofiction corrigée en auto et autoéditée

    — O.K. Ton blog est en jachère depuis des lustres, il était devenu une bonne référence pour les indés… Tu comptes en faire quoi ?

    — Je compte tout d'abord m'occuper de moi, et ensuite je verrai.

    — Pourquoi ? Tu t'occupais trop des autres ?

    — Lorsque ce blog personnel est devenu "Auteurs indépendants", je trouvais ahurissant le fait que de bons auteurs ramaient à obtenir leur crédibilité juste parce qu'ils n'avaient pas d'éditeur. Peu importe si c'était leur choix ou non (dans la plupart des cas, même si les arguments de la liberté étaient fortement mis en avant, ce choix résultait surtout de l'accumulation de plusieurs lettres de refus de la part des maisons d'édition traditionnelles), il n'empêche qu'il y a toujours eu des pépites dans l'autoédition, souvent parce que ses auteurs osent s'aventurer dans des mélanges de genres trop "risqués" pour les éditeurs.
    Donc, "Auteurs indépendants" fonctionnait un peu en mode "Zorro sauveur grand justicier, à la rescousse des grands indés". Un peu comme moi dans ma vie perso, finalement. Sauf que 1. Personne ne peut sauver quelqu'un qui n'a pas décidé de se sauver lui-même, et que 2. À force de vouloir sauver les autres, on puise dans un stock d'énergie qui ne fonctionne qu'à sens unique, et qui finit par se heurter à ce que l'on appelle aujourd'hui le "burn-out".

    — Un burn-out, c'est quand on a fonctionné en sauveur trop longtemps ?

    — Un burn-out, c'est surtout lorsque l'on se fait volontairement le serviteur d'un autre, d'un groupe, d'une entreprise, et qu'on le fait sans aucune bienveillance pour soi-même.
    En gros, le sauveur veut sauver les autres pour éviter de prendre sa responsabilité à vouloir se sauver lui-même.

    — Tu es donc toi-même autoédité ?

    — Forcément. Sinon je ne me serais pas senti aussi concerné par cet énorme changement de mode de pensée dans le milieu de la littérature.

    — Tu t'es autoédité quand, et pourquoi ?

    — Il y a la version officielle que je donne, qui n'est en soi pas un mensonge. J'ai envoyé mon manuscrit "Vivement l'amour" (mon premier roman) à un seul éditeur : une grande maison d'édition parisienne dont le catalogue me semblait peut-être approprié pour ce genre d'ouvrage, malgré tout un peu difficile à classer (humour, roman initiatique, fausse autobiographie). J'étais parfaitement conscient que les éditeurs sont extrêmement frileux à publier de nouveaux auteurs, compte tenu du fait qu'à l'époque (2011), un premier roman s'écoulait à 800 exemplaires environ seulement (contre moins de 600 aujourd'hui). J'ai envoyé mon manuscrit un peu comme on remplit une grille de loto. Sans trop y croire. Parallèlement, je commençais à accumuler pas mal d'infos concernant les moyens de s'autoéditer, en ayant recours à un imprimeur. Je ne voulais pas dépenser mon argent et mon temps à chercher un éditeur, et je me suis fait une promesse personnelle : si la réponse était négative, c'était feu vert pour l'autoédition. La réponse est arrivée trois mois plus tard, avec une lettre type contenant une ou deux phrases personnalisées et encourageantes, mais somme toute assez banales pour passer pour de simples formules de politesse.

    — Ça, c'est la version officielle. La version qui se cache derrière, c'est quoi ?

    — Je flippais complètement que l'on puisse me répondre oui. Je doutais profondément de ce que j'écrivais, et je ne me voyais absolument pas assumer un rôle d'écrivain dans ma vie. L'écriture exige une grande authenticité, et donc le courage d'assumer la part de soi qui dérange le plus les autres. Dans la vraie vie, si tu n'es pas conforme aux autres, on te jette la pierre, on te juge et on te rejette. La littérature forme pour moi le terreau le plus fertile pour sauvegarder cette part de moi qui "ne pense pas comme tout le monde". Inconsciemment, je souhaitais donc très fort ne pas être retenu par l'éditeur. Cela m'aurait sans doute permis de prendre confiance en moi (je pense que la reconnaissance des éditeurs, c'est un peu ce que recherchent tous les écrivains, avant même de rechercher la reconnaissance des lecteurs), mais je n'étais pas encore assez fortifié dans ma personnalité pour ne pas devenir un de leurs écrivains sur commande. J'avais besoin d'explorer plus profondément la personne que j'étais. Comprendre ma manière de percevoir le monde, les paradoxes et les illusions de cette perception, et avoir vraiment quelque chose qui sonne juste à partager à travers mes écrits.

    — On a souvent entendu dire que "Vivement l'amour" était un beau titre, et un livre avec une belle couverture. Quelque chose à dire, à ce sujet ?

    — C'est un titre à double tranchant. D'abord très percutant lorsqu'il est perçu comme un des objectifs existentiels les plus fondamentaux, mais il a également une connotation un peu naïve, sans doute appropriée au contenu du livre (le personnage principal est un adolescent qui découvre ce qu'est l'amour) mais qui m'a souvent fait douter de mon choix. La couverture est minimaliste, j'ai pris beaucoup de plaisir et de soin pour la créer. Je voulais quelque chose d'assez symbolique, qui donne les principaux ingrédients du livre tout en restant assez intrigant. La couleur rouge fait évidemment référence à la passion amoureuse. Il y a les petites bestioles masculines qui font référence au réveil des hormones, les cœurs qui poussent de partout parce que, à cet âge (15 ans), c'est un peu difficile de se limiter à une seule fille à aimer alors que plein d'autres filles sont là aussi avec leurs qualités, le préservatif fait directement référence à la sexualité (première expérience sexuelle), et puis je trouvais intéressant de pouvoir amorcer le message essentiel du livre directement sur la couverture : "On ne devient vivant qu'au moment où le cœur se réveille."

    Interview Vivement l'amour Charlie Bregman

    — On ne va pas revenir sur l'histoire de l'écriture, le blog sur lequel tu as publié tout le premier jet, etc., etc.

    — Non, pas la peine. Ça a été dit et redit, et ça fait maintenant dix ans, donc il y a prescription.

    — Un truc que tu n'as jamais dit : le roman a été principalement corrigé dans ta voiture ?

    — C'est un roman autoédité né d'une autofiction corrigés dans une auto ! Entre midi et deux, au boulot, j'étais trop loin de chez moi pour rentrer, je m'isolais donc pendant une heure pour pouvoir reprendre tout le texte, et passer d'un premier jet mal écrit de 650 pages à 430 au final. Ce qui est, avec le recul, peut-être encore un peu long pour un premier roman. Mais bon, c'est fait, je souris encore lorsque j'y lis des passages piochés au hasard, donc c'est bon signe.

    — Il fait partie d'un projet de "série" ?

    — J'aime bien l'idée de cohérence d'une œuvre. Dès le début, je réfléchis donc à un projet de trilogie qui me permettrait d'aborder les 3 questions existentielles fondamentales auxquelles nous sommes tous confrontés : qui suis-je, que dois-je faire, que puis-je espérer. Mais ce roman est une entité à part entière, et les suivants le seront également. On retrouve le personnage à différents moments charnières de sa vie, là où le courage de se dépasser devient un non-choix. Les personnages secondaires évoluent aussi de leur côté. Certains disparaissent, d'autres déboulent sans crier gare, l'ensemble permet de parler de la difficulté d'être authentique parmi les autres, lorsque l'on se sent différent et un peu comme parachuté d'un autre monde.

    — Titre de la "série" ?

    — "Ma vie est un sketch". Mais je vous rassure : la vôtre aussi. C'est d'ailleurs toute l'ambition du projet : utiliser l'autodérision pour ouvrir les portes de cette sensation de se trouver "différent", qui est somme toute, assez universelle.

    — À quand la publication du prochain opus ?

    — Le plus tôt possible, mais je n'ose plus fixer de dates, je n'ai pas réussi à atteindre l'objectif souhaité dans les délais que j'avais souhaité auparavant. Le manuscrit a été finalisé plusieurs fois, mais le dernier tiers ne fonctionne pas. Il comporte une rupture de ton qui met en péril le roman suivant, et doit donc être retravaillé. J'ai présenté néanmoins le projet au speed dating d'Amazon à #LivreParis2018. Un bon exercice pour moi pour sortir de ma zone de confort écrite. Je suis tombé sur un jury très sympathique, à l'écoute, intéressé par l'histoire tout en me donnant des clés pour éviter que la 4è de couv laisse partir les lecteurs sur la piste d'un Matrix qui n'en est pas un. (Merci Jacques Vandroux !)

    — Le résumé ?

    — Malgré ses bons résultats obtenus au bac, le père de Charlie lui apprend qu'il ne partira pas à l'école de cinéma qu'il espérait… car la vie, ce n'est pas du cinéma !
    Charlie rejoint donc la C.A.S.H. Academy, une école très spéciale, où il est plongé dans un sommeil contrôlé jusqu'à ce que les programmes inculqués parviennent à faire de lui un vrai battant pour affronter une réalité "d'adulte"… dans laquelle tout se résume à consommer et réaliser un maximum de profits.
    Mais Charlie n'avale pas la pilule destinée à faciliter l'implantation des nouveaux programmes mentaux, et il reste conscient durant tout le programme d'apprentissage.
    Suffisamment conscient pour s'accrocher à sa personnalité "différente", explorer le monde de l'inconscient, des rêves, et comprendre que le pouvoir de l'imagination s'avère peut-être bien plus puissant que celui de la réalité collective…

    — Matrix, donc ? :-)

    — Non. Pas Matrix. Ou alors Matrix en version comique. Car mon Charlie Néo est parfaitement inapte à pouvoir s'intégrer dans ce système ;-)

     

    Auto-interview d'une autofiction corrigée en auto et autoéditée

    — Comment se tenir au courant de la suite ?

    — Plusieurs endroits sur le web :
    Mon site d'auteur, chez IggyBook : https://charlie-bregman.iggybook.com
    Les réseaux sociaux : Facebook ou Twitter
    Ou renseigner le formulaire à l'adresse ci-dessous, pour "rentrer dans la bande" de mes lecteurs fétiches ;-)
    Formulaire Mieux suivre Charlie

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